Augustin THIERRY (1795-1856)   

 -  Siècle : 19e

 -  Point de départ : historien rationaliste.

 -  Préoccupation : les origines de la France.

 -  Porte d’entrée dans la vraie religion : l’Église du Christ a une force surnaturelle « que l’historien ne peut expliquer de façon purement humaine ».

Une vocation d'historien

     L’historien Augustin Thierry est né le 21 floréal de l’an III de la République (le 10 mai 1795), à Blois.

      Normalien en 1811, professeur en 1813 (à Compiègne), il rejoint ensuite les journalistes du Courrier Français : la gauche anticléricale de l’époque, qui travaille à saper le trône et l’autel. Il devient même carbonaro et saint-simonien en 1821-1822.

     Mais sa grande passion reste l’histoire, surtout celle des origines de la France. Il a raconté dans la préface de ses Récits des temps mérovingiens comment, à 15 ans, dans son collège blésois, il se fit exprès priver de promenade afin de pouvoir lire en cachette, dans une salle basse, le récit du combat de Pharamond, Claudion et Mérovée contre les légionnaires de Constance. Fasciné, il relisait jusqu’à l’apprendre par cœur l’évocation de Chateaubriand :

     Pharamond ! Pharamond ! Nous avons combattu avec l’épée. Nous avons lancé la francisque à deux tranchants. La sueur tombait du front des guerriers et ruisselait le long de leurs bras [...].

     Pour connaître vraiment cette époque, il fallait revenir aux textes originaux, exploiter méthodiquement les anciennes chroniques des Gaules et de la France. Sa vocation d’historien était née. Augustin Thierry mettra un tel zèle à fouiller les vieilles archives qu’il y perdra la vue. C’est que la recherche de la vérité vaut, pour lui, plus que tout :

     Il y a au monde quelque chose qui vaut mieux que les jouissances matérielles, mieux que la fortune, mieux que la santé elle-même, c’est le dévouement à la science.

Le mystère de l’Église

     En étudiant le passé, Augustin Thierry rencontre un mystère, une réalité que les lois habituelles de l’histoire ne parviennent pas expliquer : c’est la religion de JÉSUS-CHRIST.

     L’expansion de l’Islam s’explique assez facilement par les lois de la guerre et de la politique. Mais celle de l’Église est d’un autre ordre. Augustin Thierry a étudié de près les lois de la conquête matérielle. Or il constate, ici, une conquête intellectuelle et morale inexplicable par la seule combinaison des races, des forces politiques et sociales et du progrès humain. Il y a autre chose !

     Mis en face de la sainteté chrétienne, il a d’abord triché, sans même s’en rendre compte. Comment l’expliquer sans la réduire à des dimensions humaines – purement humaines ? Mais il finit par se rendre compte des efforts que demande ce « réductionnisme». Ne vaut-il pas mieux avouer qu’il y a là quelque chose qui dépasse la raison ? Augustin Thierry avoue à un prêtre : « Je suis un rationaliste fatigué ».

Une force surnaturelle agissant dans l’histoire

     C’est vraiment en historienpar et dans l’histoire – qu’Augustin Thierry vient à la foi chrétienne :

    Je ne suis pas un philosophe, je suis un historien. Je ne cherche pas à approfondir la métaphysique du christianisme, elle me dépasse. Je prends l’Église comme un fait qui s’impose à mon attention et que je ne saurais ni éliminer ni éluder.

    D’autre part, si j’essaye d’expliquer par des raisons humaines l’existence de ce fait et ses conséquences de tout ordre sur la marche de l’histoire, j’y échoue invinciblement. Les raisons humaines sont hors de toute proportion avec l’établissement de la religion chrétienne dans le monde et sa propagation dans l’Église. Donc...

    Il ajoutait :

    D’aucun côté je ne vois aucune bonne raison contre la religion catholique. S’il s’agit des préceptes de l’Église, tout y est bon, raisonnable, salutaire, tout jusqu’aux moindres pratiques. [...] On a tort d’hésiter. Il faut arriver là.

    A l’été 1854, Augustin Thierry demande donc qu’un prêtre catholique vienne le visiter régulièrement pour l’instruire de la foi et l’aider à prier.

La raison prépare la route à la foi

    Augustin Thierry dépeint ainsi les rapports de la raison et de la foi (en donnant bien sûr, le beau rôle à l’histoire) :

    L’office de la raison et de nous démontrer que Dieu a parlé aux hommes par JÉSUS-CHRIST ; et une fois ce grand fait démontré par l’histoire, la raison n’a plus le droit de discuter ; son devoir est d’apprendre par l’Évangile et par l’Église ce que Dieu a dit, et de croire ; c’est le plus noble usage qu’elle puisse faire de ses facultés.

Face aux protestants

    C’est également l’argument historique qu’il emploie pour montrer que l’Église catholique, fondée par JÉSUS-CHRIST, est bel et bien le vrai christianisme. A un prétendu historien qui affirmait que la papauté était une institution humaine qui ne remontait qu’au 4e siècle, il répond immédiatement :

    Vous vous trompez ! La papauté remonte jusqu’à saint Pierre, et par saint Pierre à JÉSUS-CHRIST, le divin fondateur de l’Église.

    Augustin Thierry est catégorique, car il a lui-même été attiré quelque temps par le protestantisme (ce demi-christianisme lui paraissait à l’époque, plus aimable). L’étude de l’histoire l’en a définitivement détourné :

    En ce temps, je ne me doutais pas de l’histoire de l’Église. Lorsque j’y eus jeté les yeux, je vis clairement que le protestantisme ne pouvait être la religion fondée par JÉSUS-CHRIST. Le protestantisme et l’histoire sont entièrement incompatibles. Le système protestant a été forcé de construire à son usage une histoire fictive. Je m’étonne qu’on se maintienne encore sur un pareil terrain.

    Il note par ailleurs que les différentes sortes de protestantisme sont d’autant plus nocives qu’elles s’écartent davantage l’Église catholique :

    Le catholicisme [...] est la vraie religion du genre humain. [...] Toute la vérité s’y concentre, et l’on est dans le faux à mesure que l’on s’en éloigne. C’est pourquoi le Luthérianisme vaut moins que l’Anglicanisme, le Calvinisme moins que le Luthérianisme, l’Unitarisme moins que le Calvinisme, et ainsi de suite.

    À la fin de sa vie, Augustin Thierry voulu corriger ses œuvres de toutes les erreurs qu’il avait commises, dans sa jeunesse, en parlant de l’Église et des saints. Il sut profiter, pour cela, des travaux historiques d’un grand érudit, l’abbé J.M. Sauveur GORINI, qui lui signala avec charité un certain nombre de fautes. Mais il n’eut pas le temps de mener cette révision à terme et mourut le 22 mai 1856, ayant reçu l’extrême onction du curé de St-Sulpice, l’abbé Hamon.

 

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Bibliographie : P. H. CHÉROT « La conversion d’Augustin Thierry » dans la revue

Études, t. 76, p.177-204 (15 octobre 1895).

Cet article fournit lui-même une bibliographie très détaillé (p. 177-178).