Paul Kwang Tsien SIH (1909-1978)

 -  Siècle : 20e

 -  Point de départ : bouddhisme et confucianisme

 -  Préoccupation : où trouver la certitude sur Dieu et l'au delà ?.

 -  Porte d’entrée dans la vraie religion :  la beauté morale : la sainteté.

À l'école de Confucius

   Né près de Shanghai, en 1909, Paul Kwang Tsien SIH hérite à la fois du bouddhisme (par sa grand-mère, très dévote à la déesse Kuan Yin) et du confucianisme. Son père, marchand de vin, lui fait donner une bonne éducation. Dès 11 ans, l’enfant étudie à fond l’œuvre de Confucius, base de l’enseignement chinois.

   Il en reçoit une forte empreinte morale, et, surtout, le sens de la piété filiale (première de toutes les vertus, selon Confucius), mais peu de certitudes.

   À 16 ans, après cinq années d’études confucianistes, l’adolescent n’y a pas trouvé de réponse claire sur la plus haute des questions : Dieu.

   Il a déjà croisé des catholiques, notamment Lo Pa Hong (surnommé « le Vincent de Paul chinois » en raison de sa charité), et, dans son enfance, au bord de la mer, un groupe de pêcheurs qu’il voyait se rassembler pour leur prière. Mais il ne les a pas fréquentés de près, et il en garde surtout l’impression que l’Église catholique est une religion pour les pauvres.

   Ses études, en revanche, lui font croiser de nombreux protestants.

Entre politique et religion

   Passionné de politique, le jeune SIH adhère au parti de Chiang Kai-Shek (chef de l’armée révolutionnaire du Kuomingtang), avant de poursuivre ses études de Droit, puis une carrière diplomatique (en octobre 1937, il essaie, en vain, de dissuader Mussolini de s’allier au Japon et à l’Allemagne ; en juillet 1946, il participe à la conférence de la Paix, à Paris ; il est ensuite délégué au conseil de sécurité de l’ONU).

   Dès 1926, à Shanghaï, il fréquente des cours bibliques (protestants), puis une université méthodiste, mais cette méthode protestante (libre examen de la Bible) ne le satisfait pas. Il se rend bien compte qu’il n’y a pas de bases solides, puisqu’il n’y a pas d’autorité pour trancher de façon certaine le sens des textes. Chacun peut, à son gré, interpréter tel ou tel passage de façon métaphorique (comme une simple façon de parler). Au final, est-ce que Dieu lui-même n'est pas imaginaire ou métaphorique ? Il n’y a donc, finalement, pas plus de certitude dans le christianisme protestant que dans le confucianisme.

   « Mon esprit était fort inquiet, sentant bien que l’océan sur lequel je m’étais embarqué était sans repères. Je cherchais la certitude pendant les cours bibliques, j’étais abattu et découragé quand je découvrais, que ma recherche était vaine. J’essayais d’atteindre la terre ferme de la vérité par des témoignages irréfutables, autrement solides que cette réflexion vacillante basée seulement sur mon propre esprit et sur le partage de groupe. »

     Un autre mouvement protestant le « réarmement moral », qu’il fréquentera plus tard, ne lui donne pas plus satisfaction :

    « C’est comme si j’avais essayé de faire du feu sans combustible. »

Découverte de la sainteté catholique

    En 1934 (il a 25 ans), Sih découvre le visage concret de l’Église catholique lors d’un séjour en Italie : la beauté des cathédrales et des basiliques, mais surtout « la beauté de la sainteté ». Il lit Dante, et, peu à peu, se familiarise avec les grands saints italiens : François d’Assise, Catherine de Sienne, Jean Bosco, Ambroise de Milan, Thomas d’Aquin, etc.

    « La personnalité de ces saints, leur esprit héroïque de détachement et d’obéissance au Christ, ont exercé sur moi une influence profonde, bien qu’inconsciente... Ils ont lentement tissé un fondement spirituel dans mon esprit et dans mon cœur. »

   En 1939, il rencontre un Chinois qui a suivi un itinéraire parallèle au sien : Ching Hsiung WU (1899-1986, principal auteur de la constitution chinoise de 1947). Lui aussi a été formé à l’école de Confucius, puis fasciné par la sainteté chrétienne (notamment la petite carmélite normande sainte Thérèse de Lisieux, qu'il surnomme « la petite fleur » ).

    Sih admire beaucoup la joie simple et paisible qui rayonne de toute la famille Wu (le Dr Wu, son épouse et leurs treize enfants ). Il aime les voir, le soir, réciter le chapelet en famille. 

   A leur suite, il s’intéresse à sainte Thérèse. Il lit son autobiographie ( Histoire d'une âme ). Il trouve ainsi, chez les saints de l’Église catholique « une réponse aux problèmes de l’au-delà, que Confucius avait si scrupuleusement évités ».

La joie surnaturelle

   En 1945, il est fortement impressionné par une visite à une communauté de religieuses bénédictines qui rayonnent de joie au milieu d’un froid glacial :

   « De ces religieuses, j’ai reçu une impression profonde de joie surnaturelle, de sérénité et de bonheur... Comment s’y prenaient-elles pour nourrir leur vie intérieure en de pareilles conditions de vie ? Comment était-il possible que cet immense bâtisse, battue par les vents, envahie par un froid comparable au froid des abîmes de Dante, comment était-il possible que cette maison abritât la communauté la plus heureuse du monde ? »      

   En 1947, il décide d'assister, pour la première fois, une messe catholique. Dès lors, il se sent fortement pressé de devenir catholique. Une pensée se présente à lui de plus en plus fréquemment : « l'Église est vraiment belle ». C'est la beauté moralela sainteté – dont le sacrifice de l’autel est le centre, qui l’attire.

   Il note :

   « Cela caractérise bien la façon dont je me suis converti : je me suis mis à aimer l’Église avant que l’idée ne me vînt qu’on pouvait aimer Dieu. »

   Paul Kwang Tsien SIH est baptisé le 5 avril 1949, avec son épouse et son plus jeune fils. La révolution communiste chinoise le forcera bientôt à s’installer en Amérique. Il sera directeur de l’Institut des Études Extrême Orientales à l’université de New Jersey.

 Dépasser Confucius

   Après son baptême, Paul Sih reste reconnaissant à Confucius, maître de sagesse. « Au moment où le Christ naquit, le confusianisme était une grande chose » , écrit-il. Mais c'était une sagesse purement humaine, et il en voit les limites. L'enseignement de Confucius a la valeur d'une préparation, d'un entrainement, mais ne peut être une fin en soi. « La doctrine de Confucius ne peut être achevée que dans l'Evangile. »

Bibliographie :

Paul K.T. SIH, From Confucius to Christ, New York, 1952

Traduction française : Paul SIH, De Confucius au Christ.

 

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