Joseph DROZ (1773-1850)

 -  Siècle : 19e

 -  Point de départ : Déisme

 -  Préoccupation : L’amélioration morale de l’humanité

 -  Porte d’entrée dans la vraie religion : La résurrection du Christ

      François-Xavier Joseph DROZ fut professeur de lettres, membre de l’Académie française et de l’Académie des sciences morales et politiques. Né au siècle du déisme, il pensait pouvoir se passer d’une Révélation divine. La raison lui prouvait suffisamment l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme. Pourquoi aller plus loin ?

La philosophie suffit-elle à rendre meilleur ?

La philosophie du XVIIIe siècle régnait. L’irréligion était à la mode, l’indifférence et l’incrédulité semblaient être répandues dans l’air qu’on respirait.

Je ne perdis point de temps à chercher des arguments contre le christianisme. À quoi bon ? D’autres avaient pris cette peine, et la question était résolue pour moi. Dans mes projets, ce qui devait m’occuper surtout c’était de réussir à m’améliorer. À l’âge où d’ordinaire on pense peu, je pris l’habitude d’observer et de réfléchir.

Pour améliorer le sort des hommes il faut produire une amélioration en eux-mêmes.

Quels moyens ont les philosophes pour combattre l’ignorance, les passions et les vices ? Leurs écrits sur la morale et la loi naturelle. Il est évident que leurs livres, ceux même qui renferment le plus de réflexions judicieuses et de pages éloquentes, ne peuvent exercer une influence sur la généralité des hommes qui ne lit point et ne saurait les comprendre.

Attiré par la morale de l’Évangile

Je lus l’Évangile avec une attention que je ne lui avais pas encore donnée. J’éprouvais des sentiments très divers. La morale divine touchait mon cœur, enchantait ma raison ; mais les idées mystérieuses qui s’y mêlent produisaient des effets opposés à ceux dont elle pénètre les croyants. Plus d’une fois je posai le livre, décidé à ne pas le reprendre ; je le reprenais, attiré par le charme de cette morale si pure, si élevée dans ses préceptes, si simple dans son expression. Les juifs disaient dans leur étonnement : Jamais homme n’a parlé comme celui-là !

Le Christ réunit des qualités qui s’excluent dans les hommes. On le voit humble de cœur, et il dit : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. »

Les exemples sont en si parfaite harmonie avec ses préceptes. Toujours Jésus fait le bien, il guérit, il console, il éclaire. Quelle vie est plus pure ? Quelle mort est plus sublime ?

Les philosophes discutent la question de savoir quelle est la destination de l’homme sur la terre ; ils se jettent dans des subtilités, tandis qu’une bonne femme chrétienne leur dirait : « Dieu nous a créés, pour l’aimer, l’adorer, et nous faire un jour participer à sa félicité. Nous sommes ici dans un lieu d’épreuves où des devoirs nous sont imposés, et nous pouvons les accomplir ou les enfreindre. Après cette courte vie, selon que nous aurons obéi ou résisté aux volontés de notre Père, il nous récompensera parce qu’il est bon, ou il nous punira parce qu’il juste. »

La religion est utile aux hommes, mais est-elle vraie ?

Il est facile de voir l’utilité de la religion, ses bienfaits sont sous nos yeux. Mais plus d’instruction est nécessaire pour se rendre compte de sa vérité. Il était indispensable qu’un homme éclairé par ses études voulût bien suppléer aux lumières dont j’étais dépourvu. Je connaissais un prêtre, je décidai que je le verrais dès le lendemain matin.

Le saint prêtre pensait qu’il faut s’instruire de toutes les preuves de la religion, mais qu’une seule preuve frappante, indubitable suffit pour dessiller les yeux d’un homme de bonne foi. Il m’engagea à donner toute mon attention au miracle de la résurrection du Christ, miracle sur lequel saint Paul fait reposer la vérité de notre religion. Mon excellent guide m’exposa des faits, des raisonnements ; il m’indiqua des lectures utiles : « Allez, me dit-il ensuite, prenez du temps pour examiner, pour réfléchir ; et demandez à Dieu, avec confiance qu’il daigne vous faire connaître la vérité. »

Jésus est-il vraiment ressuscité ?

Si Jésus-Christ n’est pas ressuscité, celui qui nous paraissait offrir le modèle de la perfection n’est qu’un fourbe. Sa révolution morale avait pour but d’épurer les âmes. Si j’ajoute foi à l’assertion des incrédules, Jésus nous a trompés, ses préceptes sortaient d’une bouche impure ; ses moyens de succès, il les puisait dans le mensonge et l’hypocrisie.

Contradiction révoltante : la sagesse du Christ nous attire, sa morale nous ravit ; toutefois, si le Christ n’est pas ressuscité, l’imposture est manifeste : Cet homme a voulu s’attribuer les honneurs divins, il a voulu remplacer les idoles en se faisant adorer lui-même !

Obligé de choisir entre ces deux opinions :

  • Jésus ressuscité,
  • Jésus est un fourbe.

Je consulte ma raison, j’interroge ma conscience : la seconde opinion est la seule incroyable.

Un détracteur du Christianisme dira que je me laisse émouvoir, entraîner, et que des sentiments me tiennent lieu de preuve. Non, j’applique le bon sens au fait que j’examine. Le Christ savait qu’il touchait au moment de laisser à ses disciples le soin de conserver, de répandre sa doctrine, et le Christ dit : Je ressusciterai. Quel homme eût porté l’inhabileté, la folie jusqu’à tenir ce langage ? Jusqu’à donner ainsi le moyen le plus simple, le plus certain de constater son imposture, et de rendre impossible que ses projets lui survivent ? Dans la bouche du Christ, ces mots : Je ressusciterai, sont une preuve irréfragable qu’il accomplit sa mission divine.

Le raisonnement ne suffit pas

J’allai revoir le digne prêtre, je lui annonçai que mes doutes étaient entièrement dissipés, je lui exprimai ma reconnaissance ; il m’interrompit :

« Remercions Dieu, me dit-il, vous l’avez prié avec confiance de vous éclairer, et sa bonté vous a exaucé. L’âme, pour s’élever à l’immuable Christianisme, a besoin de dons célestes : la grâce, la foi. L’homme par lui-même, ne pourrait subvenir à sa vie matérielle ; il cultive, sa main conduit la charrue, mais il faut que Dieu daigne envoyer des pluies bienfaisantes qui fassent germer les grains, et que son soleil dore nos moissons. Le travail ne suffit pas à la vie physique, le raisonnement ne suffit pas à la vie morale. »

 

 

 

Joseph DROZ, Aveux d’un philosophe chrétien, extraits abrégés par nos soins, p. 91-101.

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