Louis-Eugène BAUTAIN (1790-1867)

 -  Siècle : 19e

 -  Point de départ : La philosophie.

 -  Préoccupation : Trouver la certitude.

 -  Porte d’entrée dans la vraie religion : La lecture des saints Évangiles. 

      Né à Paris en 1790, admis à 17 ans à l’École Normale, Louis Eugène Bautain fut successivement professeur de philosophie au lycée de Strasbourg (1810), doyen de la faculté des lettres de Strasbourg (1838) puis professeur en Sorbonne (1853). Ses travaux, influencés par les préjugés de l’époque, manquent de l’équilibre supérieur qu’on trouve dans l’enseignement de saint Thomas d’Aquin. L’Église dut même l’appeler à davantage de mesure dans sa critique de la philosophie. Mais le récit de sa conversion reste un beau témoignage : la philosophie ne peut suffire à nourrir et éclairer l’homme. Il faut accepter la révélation divine.

Moi aussi, je me suis cru philosophe

      Bautain raconte ainsi sa conversion :

      « Et moi aussi je me suis cru philosophe, parce que j’étais amateur de la sagesse humaine, admirateur des vaines doctrines. J’ai cru, comme beaucoup d’autres, que la mesure de l’absolu et du possible se trouvaient dans ma raison, et que ma volonté était sa loi elle-même. J’ai cherché la vérité en moi, dans la nature et dans les livres ; j’ai frappé à la porte de toutes les écoles humaines ; je me suis abandonné à tout vent de doctrine, et je n’ai trouvé que ténèbres et incertitudes, vanités et contradictions.

      J’ai été idolâtre de la beauté, esclave de l’imagination, et, au milieu du prestige des arts et de l’enchantement des images, mon âme est restée vide et affamée. Alors j’ai raisonné avec Aristote, j’ai voulu refaire mon entendement avec Bacon, j’ai douté méthodiquement avec Descartes, j’ai essayé de déterminer avec Kant ce qu’il m’était impossible et permis de connaître ; et le résultat de mes raisonnements, de mon renouvellement, de mon doute méthodique et de ma critique, a été que je ne savais rien, et que peut-être je ne pouvais rien savoir.

      Je me suis réfugié avec Zénon dans mon for intérieur, dans ma conscience morale, cherchant le bonheur dans l’indépendance de la volonté ; je me suis fait stoïcien. Mais ici encore je me suis trouvé sans principe, sans direction, sans but, et de plus sans nourriture et sans bonheur, ne sachant que faire de ma liberté et n’osant l’exercer de peur de la perdre.

      Je me suis tourné vers Platon ; ses spéculations sublimes ont élevé mon esprit comme sur des ailes ; j’espérais arriver par ses idées à la contemplation de la vérité pure, la beauté éternelle. J’étais enflé de sciences et d’idées, j’ai appris à discourir magnifiquement sur le bien, mais je ne savais pas le pratiquer. Je pressentais beaucoup, je voyais peu et je ne goûtais rien ; je n’étais ni meilleur ni plus heureux pour être plus savant ; et au milieu de mes rêves de vertu et de perfection, je sentais toujours dans mon sein l’hydre vivante de l’égoïsme qui se riait de mes théories et de mes efforts.

      Dégoûté des doctrines humaines, doutant de tout, croyant à peine à ma propre raison, ne sachant que faire de moi et des autres au milieu du monde, je périssais consumé par la soif du vrai, dévoré par la faim de la justice et du bien, et ne les trouvant nulle part ! 

      Un livre m’a sauvé, mais ce n’était pas un livre sorti de la main des hommes ! Je l’avais longtemps dédaigné, et je ne le croyais bon que pour les crédules et les ignorants. J’y ai trouvé la science la plus profonde de l’homme et de la nature, la morale la plus simple et la plus sublime à la fois. J’ai lu l’Évangile de Jésus-Christ avec le désir de trouver la vérité, et j’ai été saisi d’une vive admiration, pénétré d’une douce lumière, qui n’a pas seulement éclairé mon esprit, mais qui a porté la chaleur et la vie au fond de mon âme. Elle m’a comme ressuscité. Les écailles sont tombées de mes yeux. J’ai vu l’homme tel qu’il est et qu’il doit être ; j’ai compris son passé, son présent, son avenir ; et j’ai tressailli de joie en retrouvant ce que la religion m’avait enseigné dès l’enfance, en sentant renaitre dans mon cœur la foi, l’espérance et la charité. »

 

 

 

Extraits de son ouvrage : Discours sur la morale de l’Évangile comparée à celle des philosophes

 Voir aussi Philosophie du chritianisme, correspondance religieuse

où on retrouve sa correspondance avec Théodore Ratisbonne

 

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