Saint JUSTIN (100 - 165) 

-  Point de départ : paganisme.

-  Préoccupation : recherche de la vérité.                                                 

-  Porte d’entrée dans la vraie religionun vieillard lui indique la condition de sa conversion : ‘ Priez, demandez avant tout que les portes de la lumière vous soient ouvertes, car la vérité n’est pas visible ni intelligible, si Dieu et si son Christ ne donnent d’abord de comprendre ‘.

Saint Justin, (fils de Risan) est né à Flavia Neapolis, (cité établie par Vespasien sur le site de l’ancienne Sichem en l’an 72, elle porte aujourd’hui le nom de Napelouse). Saint Justin était d’une famille de colons italiens venus s’installer dans cette nouvelle cité.

Saint Justin encore païen cherchait la vérité: il voyait les chrétiens à l’œuvre, et il était touché de leur perfection : « Lorsque j’aimais encore le  platonisme, j’entendais les accusations contre les chrétiens ; mais de voir les chrétiens aller  intrépides à la mort et à tout ce que l’humanité  redoute, me fit comprendre que, nécessairement  de tels hommes ne recherchaient ni le crime, ni le plaisir » [1].

Et s’il lui fut enfin possible de bien juger l’attitude des chrétiens et de comprendre et de goûter leur doctrine, c’est que, longtemps, il avait cherché, et rien n’avait satisfait son désir ; il avait écouté les philosophes. Absorbé par son attente, comme il errait dans la campagne, il rencontra un vieillard de qui il apprit les dogmes du christianisme : mais il ne se convertissait pas. Le vieillard lui rappelle les discours des prophètes et les miracles des Apôtres [2] ; il lui montre dans des événements irrécusables l’accomplissement des prophéties, et il lui indique la condition essentielle qui décidera sa conversion: « Priez, demandez avant tout que les portes de la lumière vous soient ouvertes, car la vérité n’est pas visible ni intelligible, si Dieu et si son Christ ne donnent d’abord de comprendre »[3].

La perfection des chrétiens avait garanti à Justin la vérité du christianisme ; et pour susciter en lui-même la pleine conviction, Justin avait prié.

Saint Justin propose aux païens et aux Juifs précisément les considérations qui avaient servi à le convertir lui-même : il leur demande d’accomplir cet effort, cet acte de pieuse et d’efficace liberté sans lequel on étudierait inutilement les prophéties et on assisterait inutilement à la vie de l’Église. Il met d’ailleurs dans les deux Apologies et dans le Dialogue, de plus grands détails et de plus grandes explications.

« Si, sur certains points, nous parlons comme les plus vénérés d’entre vos poètes et vos philosophes, dit saint Justin aux païens, et si, sur d’autres points, nos pensées sont plus grandes, plus divines, et si, nous seuls, nous parlons avec démonstration, pourquoi exercer contre nous cette injuste haine ? » [4]

Il leur dit encore : « Les hommes qui enseignent les fables chantées par vos poètes, n’en fournissent à la jeunesse aucune démonstration. » [5]

« Les Stoïciens, dit-il, ont exprimé avec plus d’éclat la doctrine morale, et de même, sur quelques points, il est arrivé aux poètes, à cause du germe de vérité naturel à tout le genre humain, de bien rencontrer : nous savons  qu’on a détesté les Stoïciens, qu’on a mis à mort quelques-uns d’entre eux. Il ne faut donc pas s’étonner si des hommes qui vivent, non pas selon une partie de la raison répandue chez tous, mais selon la connaissance et la contemplation de la pleine raison qui est le Christ, sont bien plus détestés. » [6]« Tout ce que les « philosophes ou les législateurs, dit-il encore, ont jamais pu dire ou découvrir, correspond à  la partie de Verbe ou de raison que leurs recherches et que leurs découvertes ont pu atteindre »

«  Les enseignements de Platon ne contredisent  pas (à fond) les enseignements du Christ, mais ils ne leur sont pas tout à fait semblables ; de même pour les stoïciens, et pour les poètes, et  pour les historiens : chacun d’eux a eu partiellement une vision de la raison divine universellement répandue, et selon cette vision, il a bien parlé. Donc, toutes les vérités qui ont été proclamées parmi eux, nous appartiennent à nous Chrétiens »

D’où saint Justin se reconnaît le droit d’adresser au Sénat cette requête : « Ajoutez à ce petit écrit, telle mention que vous voudrez ; mais ordonnez qu’on le répande : il faut que tout le monde puisse connaître notre vie, et que tout le monde puisse sortir de l’erreur et ne plus ignorer le bien; c’est, d’ailleurs, par leur faute que (à notre sujet) les hommes s’exposent au « châtiment (divin) ; car la faculté de discerner leur appartient, et, dans la nature humaine, réside la connaissance du bien et du mal » [7].

« Ce qui  toujours et partout est juste procure la justice  à tout le genre humain. Car tout le genre  humain sait que l’adultère est un mal, ainsi que l’impureté, l’homicide et toutes choses  semblables. Et si tous les hommes se livraient à de telles pratiques, ils ne pourraient pas cependant s’empêcher de savoir qu’ils font mal : on ne devrait excepter que les possédés  et ceux qui par l’influence d’une éducation perverse, et de coutumes et de lois perverses, ont détruit chez eux les notions naturelles, ou plutôt les ont éteintes ou comprimées. Car on voit bien qu’ils ne veulent pas subir le traitement qu’ils infligent aux autres » [8].

Saint Justin, d’ailleurs, en la première Apologie, dit nettement que nous connaissons par simple expérience, les choses extérieures et que nous ne les comprenons pas : « Réfléchissons bien ; y aurait-il plus grand paradoxe, si nous ne vivions pas dans un corps, que d’entendre quelqu’un nous dire : c’est d'une goutte de semence que sortent les os, les nerfs, les chairs, enfin tout l’organisme ?.. C’est ainsi, continue Justin, que pour le seul fait de n’avoir pas encore vu un corps ressuscité, vous refusez de croire » [9]. On ne saurait trop remarquer cette théorie de la connaissance, l’usage que saint Justin en fait et l’expression qu’il en donne : il annonce déjà saint Augustin.

Au moment où il formule sa théorie de la raison, et où il spécifie que seuls les chrétiens participent complètement à la raison ou Verbe, saint Justin, pour se conformer à la circonstance et pour dire aux païens quelque chose qui les atteigne, semble assimiler l’incarnation de Jésus-Christ avec les incarnations divines mentionnées dans les fables païennes. Or, quelle est, au fond, sur ce sujet, la vraie pensée de saint Justin?

Il n’établit certes aucune assimilation, mais il ne rejette pas absolument les données de la mythologie [10] ; et, d’ailleurs, il ne s’en prévaut pas. « Que nous disions, eux et nous, des choses semblables, ce n’est pas la raison pour laquelle nous demandons d’être accueillis ; la raison, c’est que nous disons la vérité, et que Jésus-Christ est seul proprement fils de Dieu » [11].

L'absolue vérité du christianisme, la perfection que le christianisme a mise dans le monde et qui s’offre toujours vivante à l’examen, ce sont, en effet, pour saint Justin, les principes ou les faits auxquels tout se ramène. Les chrétiens élèvent leur âme au-dessus des choses terrestres : ils n’ont pas de vues politiques [12] ; ils adressent à Dieu des prières pures, désintéressées [13] ; ils mènent une existence conforme aux enseignements du Christ, et donc étrangère à tous les plaisirs [14] ; ils sont pénétrés et soutenus par l’esprit de Dieu : aussi les démons reconnaissent-ils l’empire des chrétiens et se proclament-ils trop faibles pour leur résister.

Extrait de l’ouvrage « Les cinq premiers siècles »

 

Pour de nouveaux récits de conversions autres cliquez ici

 Pour approfondir cliquez ici