Karl STERN (1906-1975)

-  Siècle : 20e

-  Point de départ : Psychiatre Juif.

-  Préoccupation : Soulager les malheureux, les malades et les juifs persécutés.

-  Porte d’entrée dans la vraie religion : il découvre que le Dieu des Chrétiens est vraiment celui des Patriarches et des Prophètes.

Une famille de rabbins

          Karl Stern est né en 1905, en Bavière, dans l’une des plus vieilles communautés juives d'Allemagne, dont ses ancêtres furent des Rabbins.

          Le petit Karl fréquente cependant l’école des religieuses. Il apprend l'histoire sainte du peuple hébreu, mais découvre aussi l'Évangile.

          A onze ans, Karl est à Munich, hébergé chez Mme Kohen. Il observe très religieusement le Sabbat et les fêtes d’Israël.

          Pendant ses vacances, il étonne sa famille par la rigueur de son observance juive : il se revêt de la chape de prière et du Tephillin (bande de cuir à laquelle est attachée une capsule contenant un texte de la loi, un verset biblique). L’oncle Julius veut le raisonner. Karl finit par céder : sans transition, il devient sceptique et matérialiste.

          Il s'oriente vers la médecine, et se spécialise en psychiatrie.

          Il est stagiaire à Berlin (département de neurologie de l'hopital Moabite), puis à Francfort (à la Clinique universitaire), puis, à l’été 1932, à l’« Institut de Recherches » de Munich où il achève ses études de psychiatrie et de neurologie.

Face à Hitler

          Entretemps, Hitler est devenu chancelier du Reich. La vague d’antisémitisme devient menaçante. La plupart des professeurs juifs sont démis de leurs fonctions. Mais Karl Stern reste en poste, protégé par la fondation américaine.

          Le triomphe du national-socialisme le ramène à son judaïsme.  Il reprend le chemin de la Synagogue orthodoxe où on ne l’a plus vu depuis dix ans ; il y retrouve de vieux amis : « Je suis comme un homme qui a vécu tout un temps d’aliments en conserve, et auquel sont servis enfin des légumes et des fruits du jardin de famille, du pain de la maison ! »

          Mais au delà du peuple juif, il sent confusément qu’à travers tout ce déploiement de haine, c’est le Christ Jésus qui est traqué.

           Un soir de Sabbat, il entend, à la synagogue de Munich, une leçon sur la Bible : on y explique les chapitres messianiques d’Isaïe. Le jeune rabbin qui occupe la chaire déclare : « En contemplant ces deux mille années de Galuth (Dispersion), on est presque porté à se demander si Jésus, en somme, ne serait pas le Messie attendu…» Puis, il repousse cette assertion comme une folie. Karl Stern n’est pas convaincu. « Comment savez-vous qu’il ne l’était pas ? », murmure-t-il pensif.

            Il réalise progressivement que le meilleur de l'héritage juif (les psaumes de David, les prophéties d'Isaïe) vit dans l'Eglise catholique :

           «  Je me trouve plongé dans un gouffre de ténèbres et de souffrances, touché dans les miens, par la trahison, la bassesse, la cruauté, séparé du pays de Chanaan par deux mille lieues, et par deux mille années du Second Temple [= le 2e Temple de Jérusalem, abattu par les armées romaines de Titus, en 70 après Jésus-Christ], et voici que je trouve des gens de nations étrangères qui portent gravées dans leurs cœurs les paroles de David et d’Isaïe ! C’est un miracle ! Je le sens profondément... mais, je me refuse de l’admettre pleinement car je redoute les conséquences qu’impliquerait pour moi cette constatation. »

Le cardinal Faulhaber contre le nazisme

          En décembre 1933, le cardinal Faulhaber, évêque de Munich, décide de contrer l’antisémitisme nazi par une série de cinq prédications sur les rapports entre le judaïsme et le christianisme. Ces sermons, qui ponctuent les quatre dimanche de l’Avent puis la fête de la Circoncision de l’enfant Jésus (1er janvier ), attaquent courageusement la propagande officielle de l’état hitlérien. Monseigneur Faulhaber rappelle ce que l’humanité doit à la Bible et aux prophètes hébreux. Il dénonce les persécutions racistes. Mais il montre aussi que le véritable aboutissement du prophétisme hébreu est en Jésus-Christ et en son Église, tandis que le judaïsme talmudique n’en est qu’une déviation.

          À Munich, ces sermons ont un énorme retentissement. La foule s’y presse et il faut les retransmettre par haut-parleur, sur la place, pour que tous puissent les entendre. Karl Stern, attiré par les affiches placardée dans la ville, assiste à un des sermons du cardinal Faulhaber sur « Judaïsme et Christianisme ». Le sermon semble composé pour lui !

          Avec une grande simplicité, l’orateur rappelle les faits qui concernent la naissance de Jésus de Nazareth - juif selon la chair - et expose avec clarté que le Dieu des Chrétiens est bien celui des Patriarches et des Prophètes. Il se réfère alors brièvement à l’Épître aux Romains de St Paul où il est question de l'aveuglement des Juifs. Pour Karl Stern, qui écoute avidement, voila une vision toute nouvelle sur le Judaïsme postchrétien (le judaïsme talmudique, édifié par les rabbins après l'an 70). L’impression est énorme, indélébile !

          « Un horizon tout autre se découvre à moi : je me sens comme un enfant qui ne connaît sa propre maison que du dedans et du jardin, et, à qui, pour la première fois, elle est montrée comme faisant partie de l’immense paysage. »

          On enseigne à tout enfant juif que sa religion, comme une mère, a donné naissance à deux filles : le Christianisme et l’Islam, et que le Christianisme est un judaïsme dilué et dévié. En écoutant ce sermon, Karl Stern réalise pour la première fois, que telle n’est pas la vérité. Les prophètes n’ont ils pas annoncé que la « Parole » serait portée « jusqu’aux îles lointaines ? » Or, voici, qu’il entend cette « parole» dans la bouche de ceux qui n’appartiennent pas à Israël et, cependant, sont les défenseurs du même Dieu, tout en prêchant le Christ.

Qui est donc Jésus ?

          Rien d’essentiel ne me sépare des chrétiens, pense Stern, si ce n’est cette grave question qu’un jour, Jésus posa à Pierre, et à laquelle il faut répondre avant de faire le saut dans l’inconnu : « Et vous ? Qui dites-vous que je suis ? ». Oui qui est Jésus ?

          Mais les persécutions contre les Juifs s'accélèrent. Pourrait-il, par la prière, aider ceux de sa race ? Pour la première fois, Stern entre dans une église catholique avec le dessein d’y prier de tout son cœur ; il se trouve chez les Dominicains de Hampstead.

          Un juif ne peut-il demeurer fidèle à sa race et porter secrètement au fond de son cœur la pensée de Jésus ? Autrefois, durant l'Exode, le peuple juif fut guidé par une colonne de feu. Où est cette Colonne ? Vers où se dirige son rayon de feu ? Cet appel déchirant retentit comme un cri dans son âme.

Exil au Québec

          En 1939, Karl Stern doit se réfugier au Québec avec sa famille. Il y rencontre Jacques Maritain qui le met en rapport avec le Père Couturier (dominicain du monastère de Notre-Dame-de Grâce).

          C’est son épouse Liselotte qui est conquise la première. Le Jeudi-Saint 1941, elle est reçue dans l’Église catholique avec les deux enfants.

          Karl Stern doute encore de son droit moral de quitter ouvertement la communauté juive ! Mais peu à peu, il comprend que le Christianisme n'est pas un reniement mais un accomplissement : les valeurs du passé demeurent, ainsi que ce qu’on a toujours aimé. Le juif qui accepte le Christ en tant que son Messie ne signe pas un pacte de trahison ; au contraire, il trouve tout en Lui et bien au-delà de tout ce qu’il a pu espérer : la Colonne de Feu, c’est Lui !

          « Je n’ai plus qu’une chose à faire : accepter le Christ et recevoir ses Sacrements ; faire les actes de foi, d’espérance et de charité qui transcendent tout l’intellectuel, l’émotionnel. »

La vraie religion doit être universelle : catholique !

          En 1951, Karl Stern raconte sa conversion dans l’ouvrage : The Pillar of Fire, [ La colonne de feu ], avec le sous titre : A modern psychiatrist's personal story of his life, and his spiritual voyage from Judaism to Catholicism.

          L’ouvrage connaît immédiatement un grand succès (18 éditions successives en format poche), et une traduction française aux éditions du Seuil, en 1952.

          Karl Stern raconte son enfance bavaroise, son engagement au sein de la communauté juive et la montée du nazisme. Il dénonce vigoureusement l’idéologie hitlérienne, centrée sur la race aryenne, mais ne peut s’empêcher de faire un certain rapprochement avec l’idéologie juive, centrée sur le peuple élu.

          Dans un premier temps, les attaques antisémites l’ont ramené à son judaïsme. Dans un deuxième temps, elles le font réfléchir. Si ce judaïsme offre une telle cible au racisme, n’est-ce pas qu’il est lui-même trop attaché à la race ? Trop exclusiviste et attaché à ses privilèges de « peuple élu » ?

           La vraie religion doit nécessairement être universelle. Or l’Église catholique n’est-elle pas, justement, la religion des patriarches et des prophètes étendue au monde entier ?

Pour Karl Stern, la conclusion s’impose : le baptême. Il est baptisé le 20 décembre 1943 et fait sa première communion le lendemain.

 

Pour de nouveaux récits de conversions de Juifs, cliquez ici

Pour approfondir cliquez ici