Roy SCHOEMAN ()

-  Siècle : 20e

-  Point de départ : religion juive.

-  Préoccupation : sans Dieu tout est vide et absurde ; mais quel est le nom de Dieu ?

-  Porte d’entrée dans la vraie religion : un rêve mystérieuxMarie lui révèle le Christ.

Une famille juive de New York

           J’ai grandi dans une banlieue de la classe moyenne new-yorkaise, fils de Juifs qui avaient fui l’Allemagne au début du règne de Hitler. Mes parents étaient membres d’une confrérie « conservatrice » locale, et je reçus une éducation assez religieuse pour un Américain : cours d’instruction hébraïque deux fois par semaine après l’école, du primaire à l’université. Pendant l’été séparant la fin du lycée et le début de l’université, je parcourus Israël en compagnie d’un rabbin hassidique « mystique », Shlomo Carlebach ; il donnait chaque soir un « concert », en réalité un office extatique de prière hassidique et de louange.

           Je rentrai pourtant à l'université étudier les mathématiques et l’informatique. Au début, je tentai de conserver ma ferveur religieuse, avant de tomber rapidement dans les mœurs et le milieu intellectuel plus typiques de l'université. Il existe un lien étroit entre la pureté (de l’esprit et du comportement) et l’intimité avec Dieu ; même si Dieu semble d’abord assouplir sa loi afin d’attirer quelqu’un à lui, celui qui ne respecte pas sa loi perdra tôt ou tard la consolation d’être en sa présence. J’avais abandonné ses exigences : j’ai perdu son intimité. A la fin de mes études universitaires, la joie de la prière n’était qu’un souvenir abstrait, et je me trouvais presque entièrement établi dans la vie du monde.

          Après avoir travaillé pendant quelques années sur de nouveaux systèmes informatiques, je préparai au Harvard Business School un diplôme de M.B.A. (maîtrise en administration commerciale) ; une réussite exceptionnelle dans ce domaine me valut une invitation à enseigner à Harvard et préparer un doctorat, inaugurant une carrière de professeur titulaire.

Et le sens de la vie ?

          Pendant tout ce temps, cependant, une dimension plus profonde se révélait dans ma vie. En perdant le contact avec Dieu, j’avais perdu le sens de ma vie ; à chaque carrefour, je choisissais la voie du moindre effort, le chemin qui, aux yeux du monde, signifiait le succès : le fait d’enseigner à l’âge de trente ans dans une école des plus prestigieuses.

          Pourtant, à chaque étape, le sentiment du vide rendait la victoire insignifiante. Après environ quatre ans à ce poste, je me sentais bouleversé intérieurement par une impression d'absurdité qui frisait le désespoir. (Je n'étais pas le seul : un de mes collègue, professeur agrégé, m'avoua qu'ayant obtenu sa titularisation après plus de dix ans d'efforts, il faillit démissionner le lendemain, bouleversé par le sentiment de l'inutilité de tout ce qu'il avait du faire pour atteindre ce but.)

          Bien qu’éloigné d’une vie de prière, j’avais trouvé une consolation de choix par de longues promenades dans la nature. Ce fut au cours de l’une d’elles que je reçus la grâce la plus exceptionnelle de ma vie.

En présence de Dieu !

          Un matin tôt, au début mois de juin, lors d’un congé en semaine, je me rendis à Cape Cod pour deux ou trois jours. Je marchais seul dans les dunes entre Provincetown et Truro, écoutant les oiseaux chanter avant le réveil du monde, lorsque (je ne trouve pas d'autres mots), je suis « tombé au ciel ». C’est-à-dire que je me suis trouvé consciemment en présence de Dieu. Je vis ma vie jusqu’à ce jour étalée devant moi, comme si je la considérais devant Dieu après ma mort. Je vis tout ce qui me ferait plaisir et tout ce que je regretterais. Je sus en un instant que le sens et le but de ma vie était d’aimer et de servir mon Seigneur et mon Dieu ; je vis de quelle manière son amour m’enveloppait et me soutenait à chaque instant de mon existence ; je vis comment chacune de mes actions possédait un contenu moral, pour le bien ou le mal, et ce qui aurait plus d’importance que tout ce que je pourrais savoir ; je vis comment tout ce qui était arrivé dans ma vie était ce qui pouvait arriver de mieux, la chose la plus parfaite arrangée pour mon bien par un Dieu très bon et très aimant, surtout les événements qui me causaient le plus de souffrance ; je vis les plus grands regrets qui m’adviendraient au dernier instant : tout le temps et l’énergie que j’avais dépensé à me préoccuper de savoir si j’étais aimé, quand, à tout moment de mon existence, je baignais dans la mer de l’immense amour inimaginable de Dieu ; chaque heure que j’avais gaspillée à ne rien faire qui eût de valeur aux yeux de Dieu. La réponse à n’importe quelle question que je me posais intérieurement m’était instantanément présentée. En fait, je ne pouvais en formuler aucune sans avoir déjà reçu la réponse, à une seule exception près, capitale : le nom de ce Dieu qui se révélait à moi, sens et but de ma vie. Je ne le concevais pas comme le Dieu de l’Ancien Testament qui figurait dans mon imagination depuis l’enfance. Je priai pour connaître son nom, pour savoir quelle religion me permettrait de le servir et le vénérer.

           Je me rappelle avoir prié : « Faites-moi connaître votre nom - cela m’est égal si vous êtes Bouddha et si je dois devenir Bouddhiste ; cela m’est égal si vous êtes Apollon et si je dois me faire païen ; cela m’est égal si vous êtes Krishna et si je dois me faire Hindouiste ; pourvu que vous ne soyez pas le Christ et que je ne doive pas devenir Chrétien ! » Cette résistance profonde au Christianisme était basée sur le sentiment que le Christianisme était l’ennemi, la perversion du Judaïsme, la cause de deux mille ans de souffrances du peuple juif.

A la recherche de ce Dieu inconnu

          En conséquence, bien que ce Dieu se fut révélé à moi sur la plage et eût entendu ma prière, il avait entendu aussi et respecté mon refus de le connaître : je ne reçus aucune réponse à ce moment-là.

          Je rentrai chez moi à Cambridge et repris ma vie habituelle ; pourtant, tout était différent. Je passais maintenant tout mon temps libre à chercher ce Dieu - dans le silence de la nature, dans la lecture et en demandant conseil à des gens que je pensais plus instruits que moi au sujet de telles expériences « mystiques ». Un jour, alors que je passais dans Harvard Square, la couverture d’un livre illustré dans une vitrine attira mon attention. Je ne savais absolument rien du livre ni de son auteur, et c’est ainsi que j’achetai Le Château de l’âme de sainte Thérèse d’Avila. Je l’ai dévoré, y trouvant une grande nourriture spirituelle, mais sans accorder le moindre crédit aux prétentions du Christianisme.

          J’ai continué ce cheminement éclectique et sans discernement pendant exactement une année, jusqu’au lendemain de l’anniversaire de mon expérience sur la plage ; je reçus alors la seconde plus grande grâce de ma vie.

Un rêve étonnant

          D’un point de vue extérieur, j’avoue franchement que ce qui s’est passé était un rêve. Pourtant, quand je me suis couché ce soir-là, je ne savais pas grand-chose au sujet du Christianisme et n’avais pas spécialement de sympathie pour lui, ni pour aucun des aspects qui l’entourent. Quand je me suis réveillé, j’étais devenu éperdument amoureux de la Bienheureuse Vierge Marie et ne désirais rien d’autre que de devenir aussi totalement Chrétien qu’il me serait possible.

          Le « rêve » se déroulait comme suit : on m’avait conduit dans une salle où il me fut accordé une audience avec la plus belle jeune femme que je pouvais imaginer. Sans l’entendre dire, je savais qu’il s’agissait de la Vierge Marie. Elle était prête à répondre à toute question que je lui poserais ; je me revois clairement debout considérant en pensée nombre de questions possibles, et lui en adressant quatre ou cinq. Elle y répondit, puis me parla pendant plusieurs minutes, et l’audience prit fin.

           Quand je me suis réveillé, comme je l’ai dit, j’étais épris de la Bienheureuse Vierge Marie et je savais que le Dieu qui s’était révélé à moi sur la plage était le Christ.

Chez les protestants

           Je ne connaissais presque rien du Christianisme, pas même la différence entre Catholiques et Protestants. Ma première incursion dans la religion chrétienne se dirigea vers le Protestantisme ; mais quand j’abordai le sujet de Marie avec le pasteur, son mépris à peine voilé me fit penser : « Je m’en vais, vite ! »

           En attendant, mon amour pour Marie m’inspira de passer du temps dans des sanctuaires mariaux, notamment ceux de Notre-Dame de la Salette  à Ipswich dans le Massachusetts, puis sur les lieux mêmes de l’apparition, dans les Alpes françaises [1]. Je me suis donc trouvé, bon gré mal gré, souvent présent à la messe ; et bien que je n’eusse encore aucune foi dans l’Église catholique, je ressentis un désir intense de la communion. En fait, lorsque j’allai trouver un prêtre pour la première fois et lui demandai le baptême, je ne croyais toujours pas. Quand il me demanda les raisons de ce souhait, je laissai échapper avec colère : « Parce que je veux recevoir la communion et que vous ne me laisserez pas faire si je ne suis pas baptisé ! » Je crus qu’il allait me jeter dehors ; au lieu de cela, il hocha la tête et dit sagement : « Ah ! ha ! Ça, c’est le travail de l’Esprit-Saint. »

          Je dus attendre plusieurs années encore et laisser mûrir ma foi avant le baptême, mais mon amour pour Marie et ma soif de l’Eucharistie me guidaient désormais, comme une boussole, vers le but. Je suis plein de gratitude envers Dieu pour ma conversion, pour les gens qu’il me fit rencontrer afin que je sois guidé sur mon chemin.

D’après Roy SCHOEMAN, "Ma propre conversion", dans Le salut vient des Juifs. F.X. de Guibert, Paris

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[1] La Bienheureuse Vierge Marie apparut en 1846, près du village de La Salette, à deux petits bergers, leur laissant un message de prière et de pénitence.