Catherine PROTASSOW (1776-1859)    image

-       - Siècle : 19e

-       - Point de départ : schisme gréco-russe (dit : 'orthodoxe')

-       - Préoccupation : où est l’Église fondée par Jésus-Christ ?

-       - Porte d’entrée dans la vraie religion les Pères de l’Église (grecs et latins)

    Maman de la Comtesse de Ségur

    Catherine PROTASSOW (Catherine Protassova), qui sera la mère de la fameuse comtesse de Ségur (née Rostopchine, 1799-1874) appartenait à la haute noblesse russe, et fut demoiselle d’honneur de l’impératrice Catherine II (1729-1796). Elle épousera en 1791 le comte Fiodor Rostopchine. Comme la plupart des Russes, elle appartient alors au schisme orthodoxe, mais sa grande érudition lui permet de lire les Pères de l’Église en latin et en grec, et la Bible en hébreu.

     La rencontre du comte Joseph de Maistre (ambassadeur du duc de Savoie à Saint-Pétersbourg) lui permet de mieux connaître l’Église catholique romaine, et, peu à peu, de comprendre qu’elle est la seule véritable Église fondée par Jésus-Christ, puisqu’elle est la seule fondée sur Pierre.

     En 1808, avec ses sœurs, elle fait le pas et se convertit secrètement au catholicisme de rite romain. Le secret ne durera guère et cette conversion compliqua un peu la situation de son mari, qui devint cependant gouverneur de Moscou en 1812.

     Son petit-fils, Louis Gaston de Ségur, qui la connut à la fin de sa vie (lorsqu’il fit un voyage à Moscou, à l’âge de 18 ans) raconte :

     Ma grand-mère était extraordinairement instruite et toute appliquée à ses devoirs de mère de famille et de maîtresse de maison. Elle eut le bonheur de se faire catholique à l'âge de trente-deux ans. Elle mourut à quatre-vingt-quatre ans, à Moscou. Elle commu­niait tous les jours, faisait matin et soir une heure d'oraison, et donnait aux pauvres avec une libéralité inépuisable, se contentant pour elle-même de deux ou trois pauvres robes, grises ou brunes, en toile unie, une seule de soie pour les grandes fêtes.

     Chaque matin, ma grand-mère allait en voiture à la messe, et, selon l’usage des personnes riches, sa calèche était toujours attelée de quatre chevaux. La communauté catholique de Moscou n’était guère fervente, peu de personnes assistaient à la messe en semaine, et, des familles riches de la ville, ma grand-mère Rostopchine était la seule à se rendre ainsi chaque jour à l’église.

     Elle discutait souvent avec l’archimandrite (ou archevêque orthodoxe), le savant Philarète qui, au bout de cinq minutes, était régulièrement mis par elle au pied du mur.

     « Ma mère [la future comtesse de Ségur], entendant ces discussions, continue Louis Gaston, comprit aisément de quel côté se trouvait la vérité ; elle demanda des livres, réfléchit, et, une fois convaincue, elle n’hésita pas un instant à se faire catholique, comme son admirable mère. »

Face aux menaces

      À ceux qui veulent l’intimider, la menaçant de la dénoncer, Catherine répond fermement. À l’un d’eux, venu officieusement :

     – Monsieur, je sais ce que je fais, je l’ai fait depuis trente ans, et je continuerai.

      À l’autre, envoyé officiellement :

     – Monsieur dites au gouverneur qu’il ne se donne pas la peine d’écrire à l’empereur, je vais le faire moi-même, et dès aujourd’hui.

     Et voici ce que fut à peu près sa lettre :

     « Sire, le gouverneur de Moscou menace de prévenir Votre Majesté que je suis catholique, et que je vais tous les jours ostensiblement à l’église catholique, en voiture, comme j’ai l’habitude de le faire depuis que j’ai eu le bonheur de quitter le schisme pour rentrer dans le sein de la véritable Église.

     « En agissant ainsi, j’use d’un droit que me donne et le bon sens, et la loi. Je ne fais rien d’extraordinaire, et rien n’est plus loin de ma pensée que de vouloir irriter qui que ce soit par une ridicule ostentation. Je continuerai donc comme par le passé. Votre Majesté peut, si elle le veut, me faire arrêter comme coupable d’être et de me montrer catholique ; elle peut confisquer tous mes biens et me faire conduire en Sibérie : tout m’est parfaitement égal. Ce qu’elle ne pourra jamais faire, c’est me faire abandonner ma foi et me détourner du service de mon Dieu.

     « Sire, prenez garde à vous ! Dans quelques années, vous mourrez comme tout le monde ; vous serez jugé ; et si le souverain Maître vous trouve, comme vous l’êtes en ce moment, hors de son Église, qui est la sainte Église catholique, apostolique, romaine, et elle seule, Il vous condamnera ; et votre puissance actuelle ne vous empêchera pas d’aller en enfer. Que Votre Majesté y songe sérieusement : il y va de son salut ! »

     La lettre parvint à Nicolas II ; Catherine Protassow n’entendit plus parler de rien.

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