Ernest PSICHARI (1883-1914)   

 -  Siècle : 19e

 -  Point de départ  petit-fils d'Ernest Renan. Famille très laïque, liée à la franc-maçonnerie.

 -  Préoccupation : pas de civilisation sans religion.

 -  Porte d’entrée dans la vraie religion : rencontre avec le Père Clérissac.

Études et carrière militaire

Né le 27 septembre 1883, Ernest Psichari est le petit-fils du célèbre Ernest Renan. Il fait ses études aux lycées Henry IV et Condorcet. Après une licence de philosophie, il fait son service militaire. Dès son arrivée à la caserne il sent qu’il est fait pour vivre là. Son enfance dans un milieu très laïc ne lui a pas donné de véritables raisons de vivre, et un échec amoureux l'a mené au bord du suicide. Il entre dans l'armée pour fuir le bourbier de son âme et épancher son besoin d'action. Il se réengage, passe à l’artillerie coloniale et part au Congo. Il découvre l’Afrique et s’enivre de solitude et d’action.

De retour en France en1908, maréchal des logis, il entre à l’école de Versailles et sort sous-lieutenant en 1909. Il repart cette fois pour la Mauritanie, en tant qu’officier.

Psichari découvre l'importance de la religion

     Un jour qu'il était de passage à Port-Étienne, Psichari avait montré à un de ses compagnons – un jeune guerrier de I’Adrar – la magnifique installation de télégraphie sans fil, si inattendue dans ce pauvre bled saharien.

-                           « Tu vois, lui dit-il en lui montrant l'immense moteur qui ronflait, les Maures sont fous de vouloir résister à des gens aussi riches et aussi puissants que les Français. »

-                         Le Maure reste un moment silencieux, puis répondit gravement : « Oui, vous autres Français, vous avez le Royaume de la Terre, mais nous, Maures, nous avons le Royaume du Ciel. »

         « Voilà une idée que les Maures ne devraient pas avoir, écrivait alors Psichari à Mgr Jalabert, et c’est un peu nous qui la leur avons donnée. » Et il ajoutait, en envoyant son offrande pour la construction de la cathédrale de Dakar : « Depuis six ans que j'ai fait connaissance avec les Musulmans d'Afrique, je me suis rendu compte de la folie de certains modernes qui veulent séparer la race française et la religion qui l'a faite ce qu'elle est et d'où vient toute sa grandeur. Auprès de gens aussi portés à la méditation métaphysique que les Musulmans du Sahara, cette erreur peut avoir de funestes conséquences. J'en ai acquis la conviction. Nous ne paraîtrons grands auprès d'eux qu'autant qu'ils connaîtront la grandeur de notre religion. Nous ne nous imposerons à eux qu'autant que la puissance de notre foi s'imposera à leur regard. Car, pour le Maure, France et Chrétienté ne font qu'un. Ne nous appellent-ils pas « Nazaréens » plus volontiers que « Français » ? Et c'est une chose étrange que ce soit eux qui viennent sur ce point nous éclairer nous-mêmes et nous donner une leçon. »

L'appel de la grâce

           Plus tard, évoquant ce passé, il dira : « Alors je ne croyais à rien, je vivais comme un païen et pourtant je sentais l'irrésis­tible invasion de la Grâce. Je n'avais pas la foi, mais je savais que je l'aurais. »

Voilà où en était Ernest Pschari au début de 1911. Tout en désirant la lumière surnaturelle de la Grâce, tout en la demandant de toutes ses forces, il était loin encore de la vie et de la vérité chrétiennes. C'est à peu près l'état d'âme que traduit son roman L'Appel des armes, qu'il terminait alors.

Les raisons d’une conversion

            Psichari ne redevint pas catholique pour la raison unique que telle est la religion de son pays depuis ses origines. Ce qu'il veut, c'est la vérité. mais un regard en arrière, vers la tradition française, lui montre que l'Église catholique a des marques de vérité.

          « Que cherche-t-il donc ? De belles idées ? – Toute sa vie, on lui en a servi à profusion. C’est un Maître qu’il cherche, un Maître de vérité. Il veut la vérité dans son objectivité pure, dans sa virginale et inflexible indépendance à l’égard de nos intérêts humains. Il veut la vérité avec violence.

          « Que cette nef elle-même de Notre-Dame soit rasée à tout jamais, si Marie n’est pas vraiment Notre-Dame et notre très véritable Impératrice. Que cette France périsse, que ces vingt siècles de chrétienté soient à jamais rayés de l’histoire, si cette chrétienté est mensonge. »

           Maintenant, Psichari va donc étudier le catholicisme en lui-même et constater qu’il est l’aboutissement de toute recherche sincère de la vérité. Il compare la beauté de la religion catholique aux essais religieux de l’antiquité, au fatalisme mystique de l’Islamisme, à la sécheresse du protestantisme. Il ne nous dit pas la formule de ses raisonnements successifs, mais ne nous livre que leur résultat de certitude :

           « De tous côtés nous sommes fortifiés. Mille reconnaissances lointaines nous mettent en sécurité, et nous permettent d’atteindre dans l’amour la conjonction fatale de toute la beauté avec toute la vérité. »

          Avec Pascal, Psichari se complet en « cet équilibre parfait du christianisme qui tient compte de tout, pèse tout, fait à tout sa part », rend compte de la misère et de la grandeur de l’homme, de sa servitude et de sa liberté. Il entrevoit dans le catholicisme une morale qui dépasse tout ce que les morales humaines ont pu espérer. Le stoïcien le plus admirable vaudra-t-il jamais le plus humble des saints ? Et ceux-ci ne furent-ils pas « les plus hauts exemplaires d’humanité » ? Comment entrer dans la véritable vie spirituelle, quitter le monde de la chair, rencontrer le renoncement, l’humilité, l’ascétisme, la chasteté, sans accepter l’obligation des vertus proprement chrétiennes ?

        « La religion qui proclame une telle morale est-elle donc fausse ? Telle était la question que je devais me poser... Car, il y avait, à mon sens, tant d'intérêt à ce que Jésus et son Église eussent raison, qu’il était nécessaire de regarder à deux fois avant de proclamer leur fausseté. Non, la religion n’était pas fausse. Sans doute, il y avait en elle des difficultés, mais aucune n’était insurmontable, et au contraire, si on les surmontait, tout apparaissait comme parfaitement beau et harmonieux dans notre cœur comme dans notre esprit. Supposons le problème résolu, me disais-je. Alors nous avons un système du monde cohérent et magnifiquement ordonné, nous avons une morale que rien n’égale. Aussitôt une lumière miraculeuse se distribue dans les coins et recoins les plus obscurs de notre âme. C’est donc que la solution est bonne. »

L’appel à l’aide divine

         Mais l’apaisement de l’esprit devant la difficulté de croire n’est pas encore la Foi. Psichari le sait mieux que personne ; l’assentiment définitif au mystère doit être l’œuvre de la grâce. Cette persuasion s’exprime, vigoureuse, à chaque page de son livre. « Je sentais toujours, écrira-t-il plus tard, après sa conversion, que si je venais à la foi, ce serait par une action surnaturelle. » Ni la discussion, ni l’argumentation, ni la preuve même ne peuvent nous forcer à croire à la Vérité surnaturelle. Cette insistance même de l’esprit à chercher partout un appui vient du secours mystérieux.

         « Il s’agit de savoir si l’on désire un certain fond moral, un certain rejaillissement de l’âme, une sorte d’innocente pureté. Il s’agit de savoir si on a le goût du ciel ou non ; si l’on désire de vivre avec les anges ou avec les bêtes ; si on a la volonté de s’élever, de se spiritualiser sans cesse. Là est toute la question… Si ce désir d’agrandir son cœur, si ce goût de Dieu n’existe pas, nulle preuve ne peut être administrée utilement, nul argument n’est efficace. Mais si l‘on aime à s’attarder à cette angoisse du chrétien, qui n’est que le désir de la perfection, si l’on ne redoute pas l’absolu, mais qu’au contraire on se sente un cœur assez vaste pour le contenir, si l’on a assez de finesse pour désirer autre chose que la morale naturelle si bienfaisante fût-elle – alors l’on n'est pas loin de dire comme saint Paul foudroyé : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? »

          Cette purification morale qui met l’esprit en clarté est, pour Psichari, le résultat de certaines vertus divines, fruit de la grâce elles aussi. « Il faut reconnaître, dit-il, que rien ne prépare davantage une âme à recevoir son Dieu que de la vider de tout plaisir sensible ; tout naturellement, la pensée de l’éternel naît d’un cœur dont tout l’éphémère de la vie a été chassé, qui n’a plus de désirs que de la croix de son Dieu. » Cet ascétisme, qui « est aujourd’hui encore l’une des plus belles fleurs du désert », il le pratique à certains jours de dénuement quand il faut vivre, comme ses tirailleurs, d’une poignée de riz et d’un peu d’eau salée. Comment en ces heures de misère ne pas devenir « plus attentif à Dieu » ?

Comment se libérer du péché ?

          Hélas le désert n’est pas que la terre d’abandon ; mais il est encore, parfois, la terre du péché. N’y connaît-on pas les heures amollissantes, la tentation accueillante de l’oasis dans « la chaleur bleue des palmes » et l’alanguissement des siestes interminables ? Oui, c’est le péché, et son pesant remords, tandis que – douloureux contraste, – monte, des solitudes, une voix qui chante la béatitude des Saints délivrés de l’oppression de la chair :

          Inquiets nous rôdons en cercle, à travers les champs de la terre, le regard oblique, la bouche amère. Et parfois, dans cette course affreuse, nous nous arrêtons. La peur se glisse en nous : « Il n’est pas possible, nous dit une voix obscure, que la vie soit là, dans cette rancœur, dans ce désespoir qu’est le péché… »

          – Que ferais-je pour sortir de cette mortelle langueur où je suis, pour m’élever au-dessus des monotones campagnes de la terre ?

          Et la voix dit :

          – Rien par toi-même. Tes pieds sont rivés au sol. Ce n’est point toi qui te donneras des ailes. Mais voici venir Celui qui t’a promis la vie et qui, pour aller jusqu’à lui, te donne à chaque jour sa chair en pâture. Écoute les paroles qui délient et qui, selon la promesse, rendront ton âme plus blanche que ne l’est la colombe. Dévore le Pain des anges, pour n’être plus abandonné à toi-même. Prends cette main sanglante qui t’est tendue. Veille et prie…

          Alors le voyageur s’arrête. Il s’assied sur les ruines des cités. Une angoisse affreuse le saisit à la gorge, et il murmure dans sa solitude :

         « Mon Dieu, puisque vous m’avez mené jusqu’ici pour me faire entrevoir votre visage, ne m’abandonnez plus. Manifestez-vous enfin, puisque vous seul pouvez le faire, et que je ne suis rien. Comme vous avez montré à Thomas vos plaies sanglantes, envoyez-moi, mon Dieu, le signe adorable de votre présence. »

          Cette conviction que seule la grâce peut vaincre en lui le péché et que dès maintenant, par l’effet de cette purification, son intelligence sera plus sensible aux motifs de crédibilité, voilà bien, chez Psichari, l’une de ses persuasions les plus affirmées.

          Il sait encore que le jugement décisif qui lui fera dire : « Je crois », il ne pourra le prononcer, malgré tous les motifs naturels qui l’appuient, que par la grâce d’une lumière surnaturelle. Le même mouvement qui, un jour a fixé son intelligence au problème de la destinée et a ouvert son cœur à l’amour du Bien premier, prolonge son ébranlement et exalte son esprit à se dicter le devoir de l’assentiment. Mais ce consentement, ce choix définitif, comment pouvoir le donner ?

          Psichari ne l’ignore pas, la même grâce qui l’entraîne depuis l’instant où s’est posé pour lui le problème de sa destinée doit encore lui prêter son secours. « Il ne me manque absolument, dit-il, que cette petite étincelle de la Grâce. » Et son cœur « battait à se rompre, quand il pensait à ce que pourrait être ce jour-là » : « son bonheur sera grand en mourir ».    Mais cette grâce, il fallait la demander, il fallait tendrement l’implorer.

Premier acte d’adoration

           Et un jour vint où Psichari, pour la première fois, tombe à genoux, seul face au ciel, sur la terre aride du désert. Il nous a raconté avec émotion ce premier acte d’adoration :

         « Une fois que je m'étais aventuré assez loin, je connus une de ces minutes qui restent ineffaçables dans la vie. Dans la chaleur bruissante du midi, je cherchais un peu d’ombre. J’avais erré longtemps dans les rochers qui dominent la vallée. Enfin, dans le lit à jamais desséché de l’Oued, un arbre assez épais m’invita au repos. Autour de moi, tout était si mélodieux, si assoupi, qu’il me semblait être dans cette terre comme dans un berceau. Lorsque je fus sous l’arbre, je tombai à genoux. C’était la première fois de ma vie ; – mais le geste, si nouveau pour moi, m’avait été commandé de très loin et toute résistance m’eût été impossible. Dans mon frêle abri, je me sentais infiniment bien pour adorer la puissance qui me courbait et lui exposer avec franchise les besoins de mon cœur. En même temps, je savais de toute certitude que ces besoins seraient satisfaits, que ces désirs seraient exaucés et au-delà. J’étais bien sûr que je serai un jour catholique, et je ne ressentais qu’une impatience sans nervosité du bonheur qui m’était promis. »

          Désormais, Psichari va appeler ce jour de tous ses vœux en de sereines et ardentes prières :

          « O Dieu, où donc est la lumière éclatante, où donc l’unique réalité ? 

          Une chose nous est demandée : le désir, l’humble désir du vrai. Il dépend de nous de l’avoir ou de ne pas l’avoir, mais pour peu que nous l’ayons, nous sommes bien assurés d’avoir au-delà de ce que nous désirons et de recevoir l’infinie miséricorde, en échange de la plus petite bonne volonté.

          « Veux-tu être guéri ? » demande Jésus à l’homme qui était malade depuis 38 ans.  – « Oui, Seigneur, répondit-il, mais je n’ai personne qui, lorsque l’eau s’agite, me jette à la piscine. » – Que fais-tu, infortuné, près de la fontaine de Bethsaïda ? Cet humble aveu, cette faiblesse te suffisent. Déjà la parole qui sauve et qui guérit est prononcée : « Lève-toi et marche. »  O mon Dieu, daignez voir ma misère et ma confiance. Ayez pitié de l’homme qui est malade depuis trente ans. »

Avant de quitter l’Afrique

            Comment Dieu refuserait-il plus longtemps sa pitié ? L’heure ne devait plus tarder où la grâce, en Psichari, rejoindrait le désir et consommerait, dans son intelligence, l’adhésion de la plus ferme croyance. Au terme du voyage en Mauritanie, Psichari a définitivement porté son choix et la Vérité catholique est devenue sa vérité :

          « Le 15 octobre 1912, quand je quittai le campement d’Agoatim, je sentis en moi un grand déchirement. Toute une période de ma vie tombait brusquement dans le passé. Un grand trou sombre se creusait derrière moi. Un lourd crépuscule s’appesantissait sur mes années de misère.

          Mais aussi une aube se levait, une aube de jeunesse et de pureté, et une clarté céleste embrasait l’horizon devant moi. Cette fois-ci, je savais où j’allais. J’allais vers la sainte Église catholique, apostolique et romaine. J’allais vers la demeure de paix et de bénédiction. Et alors, pensant à cette véritable mère qui, depuis plusieurs années, m’attendait là-bas, à travers deux continents, et qui de loin me tendait ses bras qui pardonnent tout, je pleurais de bonheur, d’amour et de reconnaissance.

          Oui, c’était une magnifique vérité qui m’appelait là-bas, dans la douce patrie. Tout l’ordre chrétien m’apparaissait, dans un ciel rajeuni ; un temple immense et majestueux, fondé sur des pierres solides, un temple de Raison et de divine Sagesse se levait devant moi, et toutes les lignes de ce temple étaient si droites, si pures, si unies, que, devant lui, l’on ne pouvait plus désirer autre chose que de vivre éternellement à son ombre, loin des prestiges et des vanités du monde. »

          Et aussitôt, sans transition, Psichari confesse sa Foi, le regard de l’intelligence fixé droit sur la Vérité Première, comme si les ombres et les énigmes n’en voilaient plus le mystère :

          « Au fond du ciel, je vois la très tranquille Trinité : le Père, le Fils, le Saint-Esprit… Trois personnes et pourtant une seule substance… – Au fond du ciel, je vois encore Jésus-Christ, le doux Seigneur des chrétiens, mon Rédempteur… » Et ainsi se déploient, les uns après les autres, devant son intelligence et son cœur apaisés, tous les mystères du Credo catholique.

          Le récit du voyage en Mauritanie se clôt par cet acte de foi. Ce n’est donc pas en vain que la voix divine à crié dans le désert et a jeté la clameur de son appel. L’âme a répondu : « Seigneur me voici. »    

          Si, dans une vue d’ensemble, on embrasse tout le mouvement intérieur qui, chez Psichari, aboutit à sa conversion, deux traits plus saillants apparaissent.    

          Chez lui, le problème religieux s’est inséré dans le problème de la vérité de la vie, c’est-à-dire de la destinée. Ce problème l’a pris tout entier et a déroulé sa logique en face de toutes les aspirations de son âme : dégoût de l’erreur, insuffisance de la philosophie et des « commandements laïques », nécessité d’une morale qui unissent à Dieu et assure enfin un ordre à sa vie. « Le jour où l’âme se sent avide d’éternité, le jour où elle désire vraiment une vérité, ce jour-là, elle a accompli la démarche la plus importante, la seule qui lui soit demandée. Le reste appartient à Dieu seul. »    

          Ces derniers mots révèlent un second trait caractéristique de cette conversion : le sentiment vif que le retour à la vérité du salut est l’œuvre entière de la grâce de Dieu : la première intention de la Foi, la recherche des garanties de la croyance, aussi bien que le désir de croire et la croyance elle-même.

Retour en France et conversion  

          De retour en France, Ernest avoue :

          Mes lectures sont fiévreuses, désordonnées et je n'en tire pas tout le prix que je devrais. Tous les jours, je me jette sur un livre nouveau, voulant rattraper tout le temps perdu et m'enlisant davantage. Je sais bien maintenant que la prière est ce qu'il y a de mieux, puisque je la commence toujours sans goût et que je ne manque jamais de l'achever dans la joie et la sérénité. Quelle lointaine puissance ont donc ces mots pour agir ainsi sur le cœur le plus dur et le plus fermé ?

           Un de ses bons amis, l’emmene à la messe et lui fait rencontrer le père Clérissac, des frères précheurs.

           Le 3 février 1914, le Père Clérissac cause avec Ernest pendant deux heures. Au retour, ils annoncent le programme : demain, première confession d'Ernest ; puis confirmation, le plus tôt possible ; et dimanche, première communion ; puis pèlerinage d'action de grâces à Chartres.

           Le 4 février 1914, agenouillé devant la statue de Notre-Dame de la Salette, d'une voix forte – quoique très ému – Ernest Psichari lit la profession de foi de Pie IV et celle de Pie X. Il est rayonnant de joie.         

           Le samedi 8 février, Ernest Psichari est confirmé par Mgr Gibier, dans la chapelle du petit séminaire de Grandchamp. Ernest prend le nom de Paul à la confirmation, en réparation des outrages de Renan (son grand père) à saint Paul. D'une voix tremblante d'ardeur contenue, il récite le Credo, dont il scande une à une les syllabes latines. Après la confirmation, l'évêque de Versailles lui demande son âge. « Vingt-neuf ans ! Beaucoup de temps perdu », répondit-il. Et s'inclinant filiale­ment sous la bénédiction du prélat, il lui dit : « Monseigneur, il me semble que j'ai une autre âme ». Le lendemain, Ernest Psichari fait sa première communion à la chapelle des Sœurs de la Sainte-Enfance : puis il part pour Chartres en pèlerinage. A son retour, il confie au P. Clérissac : « Je sens que je donnerai à Dieu tout ce qu'il me demandera. »

Petit-fils de Renan

Ernest Psichari avait reçu son prénom en l'honneur de son grand-père, Ernest Renan, grand ennemi de l'Église.

           Pour réparer la faute de son grand-père il envisagea de devenir prêtre, curé de campagne. Il rencontra le supérieur du Séminaire d’Issy, où était passé son grand-père. Celui-ci incita Psichari à suivre son attrait pour la vocation dominicaine.

Mort au champ d’honneur

          Il fut tertiaire dominicain, mais il ne devait jamais rentrer au couvent. Dieu l'appela à un autre sacrifice, une offrande de réparation, un holocauste véritable, « librement consenti et consommé en union avec le sacrifice de l'autel ».

          Dès le second jour de la guerre, Ernest Psichari partit avec le 2e régiment d'artillerie coloniale.

          Le soir du 22 août, à Saint-Vincent-Rossi­gnol, après être resté douze heures sous un feu épouvantable, Ernest Psichari fut tué net d'une balle à la tempe. Un témoin de sa mort écrit :

          « Vers six heures, j'aperçus le lieutenant Psichari sous un arbre, près de ses pièces, soutenant le capitaine Cherrier, blessé. Il se dirigea avec lui vers l'ambulance et le laissa à la porte, pour retourner à sa pièce. A ce moment les Allemands arrivaient à 30 mètres. Le feu cessait et le lieute­nant était assez isolé. Je le vis regarder le demi­-cercle que les AIIemands formaient autour de lui, se pencher soit sur son canon, soit sur un blessé et tomber mortellement frappé. II tomba sur le canon et glissa à terre. »

          Ceux qui l'ont vu plus tard ont été frappés du calme de son visage : autour de ses mains était enroulé son chapelet qu'il avait pu saisir.

D’après Henri MASSIS, La vie d’Ernest Pichari, Librairie de l'art catholique

 et H.D. NOBLE O.P. Ernest Psichari

Voir aussi : Paul PEDECH, Ernest Psichari, Téqui, 1988

 

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