Marie-Michel, (1975- )

 -  Siècle : 20e

 -  Point de départ : culture familiale islamique, mais amies catholiques.

 -  Préoccupation : le statut de la femme dans la société musulmane. Dans le Coran, il est impossible de savoir si une bonne musulmane peut accéder au paradis.

 -  Porte d’entrée dans la vraie religion : découverte de l’ouvrage d’Alain Pascal, La Guerre des gnoses.

Une culture musul­mane

     Je suis née dans l'islam, on ne me demande même pas d'être convaincue, cela va de soi. On baigne dans la culture musul­mane depuis tout petit, c'est tout un état d'esprit, une mentalité, un mode de vie au quotidien. Même si mes parents n'étaient pas très fervents, on ne mangeait pas de porc, aucune bouteille d'alcool ne rentrait dans le foyer. On ne vous parle pas de dogme, de croyance, on vous parle juste un peu d'Al­lah, de Mahomet, mais cela suf­fit pour créer une atmosphère très imprégnée de culture arabo-mu­sulmane. J'ai été vraiment pratiquante quelques années seule­ment, entre 20 et 30 ans. Je faisais le ramadan, je disais mes prières.

Une société malgré tout chré­tienne

     Je n'avais pas vraiment d'idée pré­cise de la religion catholique. Mais mes camarades de classe allaient au catéchisme et elles en reve­naient émerveillées... Je posais des questions à ma mère qui me ré­pondait que ces choses-là n'étaient pas pour moi. C'est là que j'ai pris conscience qu'il y avait des diffé­rences. Mais je n'ai jamais eu d'a priori vraiment négatifs dans mon cercle familial. Plus tard, en allant à l'école publique, j'ai suivi un en­seignement clairement anticatholique. Mais au fur et à mesure que j'étudiais l'islam, j'ai commen­cé à me poser des questions sur le christianisme en particulier. En fait, plus je m'éloignais de la reli­gion de mon enfance, plus je me rapprochais du christianisme. Je suis née dans un pays catholique, notre vocabulaire de tous les jours, le calendrier, l'atmosphère générale, tout cela respire encore tout de même la chrétienté. Je vi­vais une sorte de dichotomie : chez moi, la culture arabo-musul­mane, à l'extérieur, la culture do­minante encore imprégnée d'un catholicisme social. Je ne peux pas dire que j'étais tiraillée mais plus je m'apercevais de l'injustice et du manque de liberté de l'une, plus j'étais attirée par l'autre.

Le statut de la femme ...

     Le statut de la femme a claire­ment été l'élément qui m'a donné envie de quitter l'islam. On est moins que rien, c'est à peine si on a une âme. Ma première inter­rogation a été la suivante : pour­quoi, dans l'islam, juridiquement, mon témoignage vaut deux fois moins que celui d'un homme ? Pourquoi un homme peut-il être polygame ? Pourquoi dans l'héri­tage, la femme a une demi-part de moins que l'homme ? Pourquoi est-ce l'homme qui « achète » la femme au moment du mariage, puisque c'est lui qui apporte la dot ? Pourquoi les femmes doivent-elles nécessairement épouser un musulman alors qu'un musul­man peut épouser la femme de son choix, une chrétienne, une juive ? Le statut de la femme, c'est une prison mentale.

... Un matriarcat déguisé

     La domination patriarcale est ap­parente, ce sont les mères qui ont tout le pouvoir dans cette société. Parce que c'est un matriarcat dé­guisé. La femme n'est rien, la mère est tout, la mère enfante les fils, elle les élève comme des petits rois, de vrais petits despotes qui vont régner sur leur famille. Ce sera le pouvoir apparent mais le vrai pou­voir, il est occulte, c'est celui de la mère qui est en retrait et qui décide de tout. Surtout quand elle a des fils. Une femme par exemple qui n'est mère que de filles est déclas­sée par rapport à une femme qui a enfanté des fils. Le jour où la mère a un fils, elle a tout le pouvoir. II y a un ouvrage de Germaine Tillion qui décrit cela très bien dans Le Harem et les cousins.

     Il n'y a pas de paradoxe, le sta­tut déguisé de la femme révèle ce qui est vraiment vénéré dans l'is­lam : ce sont les vieilles déesses archaïques... c'est une religion païenne ! Ce qu'on révère, ce sont les vieilles déesses de l'anti­quité préislamique. C'est la ma­trice qu'on révère, ce n'est pas la femme en tant que telle, c'est son utérus qui héberge la vie, qui la fait naître. On est en plein dans les vieux cultes païens. La femme est réduite à sa fonction repro­ductrice, c'est quelque chose de très précieux, mais c'est juste une chose. On n'a pas d'âme, il n'y a pas de salut pour la femme dans l'islam. Quand j'ai essayé de poser la question à des imams, les ren­dez-vous étaient annulés à la der­nière minute, ou je trouvais portes closes, parce que forcément, je n'étais qu'une femme et je n'avais pas à me poser de questions.

     J'arrivais avec ces questions-là : qu'arrive-t-il quand une femme est une bonne musulmane toute sa vie, qu'elle a porté le voile, suppor­té son mari, élevé ses enfants, fait ses prières, son ramadan, tout : est-ce qu'elle va au paradis ? Parce qu'il n'y a rien dans le Coran là ­dessus. On me disait « oui, oui » mais du bout des lèvres. Bon, mais que lui arrive-t-il ? L'homme a ses 72 vierges, ces houris du paradis, ces vierges qui après chaque copu­lation retrouvent leur virginité. La femme va-t-elle faire partie du ha­rem ? Et là, blocage. On ne vous répond pas. Il n'y a pas de réponse dans les livres, les musulmans aux­quels j'ai posé la question n'ont pas répondu, et les imams, comme je l'ai dit, sont inabordables. Donc je me suis dit qu'il n'y avait pas de sa­lut.

Vers la foi chrétienne

     J'ai eu une approche très intellec­tuelle de la foi catholique. Au fur et à mesure que je découvrais l'is­lam ... il n'y a pas eu de révélation spectaculaire. Pour moi, le Christ a toujours été présent, d'une façon ou d'une autre. Je suis née dans un pays catholique, et le fait de pas­ser devant ces églises, de côtoyer des chrétiens qui étaient heureux de vivre, je me sentais tellement bien avec eux ! Ne jamais juger ... Ils étaient ouverts d'esprit, c'est peut-être cela aussi qui a joué ! Maintenant, qu'est-ce qui m'a at­tirée vers le catholicisme tradi­tionnel ? Ce sont des livres, no­tamment celui d’Alain Pascal, La Guerre des gnoses, qui montre bien la lutte à mort entre les deux Cités.

Le baptême un changement dans la vie

     Cela m’a apaisée et m’a donné un autre sens des priorités. Et puis de l’espérance. Je suis devenue plus optimiste. Je me dis finalement, ce qui compte, ce n’est pas ce que tu vis là. Le plus important, c’est l’après, le salut de ton âme. Cela donne un sens à la vie. On sait que le but de la vie, ce n’est pas de gagner plus d’argent, d’avoir plus de pouvoir, d’amasser des biens. Le plus important, c’est de soigner son âme. Ça ouvre une perspective que je n’avais pas avant. J’étais perdue, d’une certaine façon. Dans l’Islam, il n y a pas de salut pour la femme. On nous dit : « Si vous faites tout bien comme il faut, portez votre voile, acceptez la polygamie de votre mari, faites trente mille enfants, c’est bon, vous irez au paradis. » Mais quand vous voyez les descriptions du ciel islamique ... Maintenant, au contraire, je sais que j’ai une chance de salut.

Ce qui m’a le plus frappée dans la doctrine catholique

     C’est la Trinité. J’ai beaucoup de mal. Cependant, la présence de l’Esprit Saint est devenue plus claire après la confirmation, parce que vraiment on sent cette force, cette intuition qui est décuplée. On nous montre certains pièges. Je sens cette présence quotidienne, et cette présence s’est accrue depuis la confirmation. On est dans un pays qui a perdu la foi et pourtant on sent monter une résurgence, maintenant. Les gens commencent à comprendre que si on est envahi par une autre population avec une autre religion qui a su rester très forte, c’est parce que nous-mêmes avions vidé nos églises. C’est un effet de l’Esprit Saint, je trouve. C’est ce qui me donne de l’espoir, je sais que la France n’est pas perdue.

     La dévotion à la Vierge Marie, m’a aussi frappée. Je n’ai pas encore mesuré son importance, l’importance du chapelet, et pourtant Marie était déjà très présente dans l’Islam, dans un chapitre du Coran, mais on n'y croit pas de la même façon que les Chrétiens. On croit à sa virginité à sa maternité miraculeuse, mais comme on ne croit pas que le Christ est l’incarnation de Dieu, ce n’est pas la mère de Dieu. C’est cela qui m’a frappée.

Message à ceux qui n’ont pas la foi, qu’ils soient dans l’islam, ou qu’ils soient simplement païens, sans foi, ni religion

     Je leur dirai : Vous perdez une grande aide, vous perdez une chance d’acquérir une certaine claivoyance (pas au sens médiumnique), et surtout vous n’avez pas accès à l’espérance. Dans le monde dans lequel on vit qui est tellement dur, avoir l’espérance en quelque chose de meilleur, espérer contempler un jour la gloire de Dieu, c’est un cadeau énorme, cela vous aide à tenir, même à un fil. Il n'y a plus de désespoir. Il y a des moments de tristesse, de déprime, c’est normal, c’est la vie et nous ne sommes pas faits pour être heureux dans cette vie-là, mais nous avons tout de même des moments de joie, de bonheur, notamment quand on prie.

     Vous savez que vous serez pardonné (à certaines conditions bien sûr, il faut une vraie contrition), vous savez que Dieu vous voit tel que vous êtes, et Il vous accepte tel que vous êtes. Il n’y a pas un être humain qui soit capable de çà. Il n’y a que Dieu. Donc on se prive de cet amour-là. Et dans ce monde très très dur, voilà ce qu’on rate, si on ne va pas vers le Christ.

D’après Nouvelles de Chrétienté n°151

& Entretien avec une nouvelle baptisée le « Chardonnet » n°301 d’octobre 2014

 

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