Pierre Port-Combet (16??-1657)                                                                        

 -  Siècle : 17e

 -  Point de départ protestant (calviniste).

 -  Préoccupation : un miracle étonnant, qui l’empêche de travailler un jour de fête chômée de la Sainte Vierge.

 -  Porte d’entrée dans la vraie religion : Marie, mère de Jésus, le menace de l’enfer s’il reste dans le protestantisme, et lui promet de le protéger devant Dieu s’il se convertit.

Pierre Port-Combet vit en Dauphiné (Isère), dans la paroisse de Vinay. Il a été élevé dans la religion protestante (calviniste).

25 mars 1649 : l’osier qui saigne

  Le 25 mars 1649, Pierre décide d’aller tailler son osier. Son épouse, Jeanne Pélion, lui fait remarquer que c’est un jour de fête chômée (l’Annonciation), où le travail est interdit. Mais les protestants ne respectent guère les fêtes de la sainte Vierge. Tout à coup, sous les coups de serpe, l’arbre se met à saigner. Pierre, effrayé, appelle sa femme, puis un voisin, nommé Caillat, devant qui le prodige se renouvelle. L’affaire s’ébruite. Elle attire l’attention des autorités. Elle suscite un procès civil et une enquête canonique. Elle a même les honneurs de la presse de l’époque [1]

  Les catholiques viennent visiter le lieu du miracle, des guérisons s’y produisent, on érige un oratoire. Le fils aîné de Pierre abjure le protestantisme en janvier 1657, mais Pierre ne se décide pas. Il craint les représailles de ses coreligionnaires protestants. Il se contente de déclarer : « Je ne sais ce que cela veut dire ».

Août 1657 : la visite de la Dame

  En août 1657, Pierre est de nouveau dans le champ du prodige, qu’il laboure avec ses bœufs. Tout à coup, il aperçoit au loin, sur le monticule de l’Epinousa, une Dame qui vient dans sa direction.

  C’est sans doute une femme de la ville, une catholique, qui veut faire un pèlerinage et qui s’est écartée du chemin. Il s’amuse de la voir piquer droit vers l’oratoire, sans tenir compte des difficultés du terrain... Elle va rencontrer des difficultés, mais il ne veut pas s’en mêler. Qu’elle se tire d’affaire toute seule !

  Arrivé au bout du sillon, avec ses bœufs, il repart en sens inverse, et perd de vue la visiteuse. La « rée » (le sillon) n’est pas longue ; il en a vite atteint le bout. Mais surprise ! Dès qu’il tourne à nouveau ses bœufs pour revenir sur ses pas, la Dame se trouve devant lui.

  Stupéfait de la rapidité avec laquelle l’inconnue s’est déplacée (visiblement, elle n’est pas perdue !), Pierre Port-Combet est aussi frappé par sa majesté. Il la décrira à son épouse comme « vêtue de blanc, enveloppée en partie d’un manteau bleu », avec « un crêpe noir, abattu légèrement sur les yeux [2]». Il ne pense plus du tout rire. L’inconnue salue la première :

A Dieu sois-tu, mon  ami !

  Il ne répond pas, mais elle enchaîne :

— Que dit-on de cette dévotion ? Y vient-il beaucoup de monde ?

  Il articule :

Bonjour, Mademoiselle ; il y vient assez de monde.

Et s’y fait-il beaucoup de miracles ?

— Oh, des miracles !… riposte-t-il d’un ton bourru…

  Il veut couper court et pique ses bœufs pour repartir. Mais avec une autorité souveraine, elle le retient d’un geste :

– Arrête, arrête tes bœufs ! 

  Et la Dame poursuit l’interrogatoire :

— Et cet huguenot (= ce protestant) qui a coupé l’osier, où demeure-t-il ? Ne se veut-il pas convertir ?

  Pierre essaie de biaiser :

Je ne sais pas, dit-il, il demeure bien par-delà…

Ah, misérable (= malheureux, digne de pitié) ! Crois-tu que je ne sache pas que cet hérétique,… c’est toi ?

  Il pique ses bœufs pour s’enfuir. Mais elle l’avertit :

— Si tu n’arrêtes tes bœufs, je les arrêterai bien !

  Pierre se soumet :

— Oh, je les arrêterai bien moi-même !

  Alors la Dame délivre son message :

— Sache donc, homme timide et trop longtemps obstiné, sache que ta fin approche ; si tu ne changes d’état, tu seras un des plus grands tisons d’enfer qui fût jamais. Mais si tu te convertis, je te protègerai devant Dieu. Dis au public que leurs prières ne sont pas assez ferventes.

La conversion                                                                

  Homme timide ? Dans son acte d’abjuration, Pierre déclarera « qu’il y a bien longtemps qu’il voulait changer de  religion, mais qu’il était pressé par ceux de ladite prétendue religion de ne le faire pas. » La pression était si forte qu’il en était parfois terrorisé, éprouvant, disait son épouse, « une peur extraordinaire de perdre la vie dans quelque passage imprévu par le moyen des hérétiques ».

  De fait, la maladie annoncée par la Dame arrive très vite.

  Pierre abjure publiquement le protestantisme.

  Avant de mourir (le 22 août 1657), il certifie encore son récit de l’apparition de la Vierge, demandant que son corps soit déposé au pied de l’osier miraculeux.

  Ce miracle de Notre-Dame de l’Osier et le sanctuaire de Notre-Dame de Bon-Rencontre qu’on bâtit en son honneur contribueront fortement à libérer le Dauphiné du protestantisme [3].

 

 

[1] —  Le pionnier du journalisme français, Théophraste Renaudot, raconte ce « fait insolite » dans sa Gazette du 24 août 1650.

[2] —  Le détail de l’apparition est connu grâce à une déposition devant notaire, dont l’acte authentique est encore conservé aux archives départementales de l’Isère.


 

Bibliographie : La vie de Pierre Port-Combet est fortement documentée grâce aux enquêtes faites, de son vivant,

par les autorités politiques et religieuses, et par le témoignage de son épouse, juste après sa mort.

Voir : P. Delarue O.M.I., Notre-Dame de l’Osier. Les origines du pèlerinage d’après les manuscrits

et imprimés du temps de 1649 à 1686, éd. M. Lescuyer et fils, Lyon, 1966-1980.

 

Pour approfondir cliquez ici