Jeremiah Cowart  

 -  Siècle : 21e

 -  Point de départ : protestantisme.

 -  Préoccupation : après avoir lu toute la Bible, il recherche une Église qui soit une, catholique et apostolique.

 -  Porte d’entrée dans la vraie religion : A chaque fois que je visitais une nouvelle église protestante, j’avais l’irrésistible impression que quelque chose manquait, ou que, beaucoup de choses manquaient.

 

  Jeremiah Cowart a longtemps cherché la vraie Église. Après avoir lu la Bible en son intégralité, en 1997, il essaie toutes les dénominations protestantes à sa portée : les évangélicalistes – aussi bien progressistes que conservateurs –, les presbytériens, les baptistes, les pentecôtistes, les luthériens, les méthodistes et quelques autres.

  Trois critères mènent sa recherche :

  •   • D’abord, l’idée chère à saint Paul selon laquelle l’Église est le corps mystique du Christ.

   Je n’étais pas sûr de la signification exacte de cette expression, mais j’étais raisonnablement certain qu’elle indiquait que l’Église était une, comme un tout unifié. C’était une seule réalité, comme un corps est une seule réalité. Apparemment, aussi, elle était vivante.

   Dans ma stratégie pour trouver la véritable Église, j’utilisais différents tests. […] Par-dessus tout, je cherchais quelque chose de grand : une Église qui soit beaucoup plus vaste que moi et mon petit monde. Sans me l’avouer aussi clairement, je soupçonnais que le Corps du Christ avait une extension mondiale. Ainsi, je me demandais pourquoi le vrai Corps du Christ serait sur le modèle des Baptistes du Sud. Si c’était le cas, cela impliquerait que le Corps du Christ serait plus ou moins limité à cette région des États-Unis qu’on appelle la Bible Belt. Quelle signification cela pourrait-il avoir ? De même, pourquoi faudrait-il trouver le Corps du Christ dans l’Église presbytérienne américaine, comme si les États-Unis détenaient la vraie religion ? Par-dessus tout, je ne me sentais nulle part à la maison, à quelque culte que j’assiste. Je savais bien que ce sentiment était le plus subjectif de mes tests. Mais depuis que j’avais lu toute la Bible, je me demandais pourquoi le culte du peuple juif, tel qu’il est décrit par l’ancien Testament, avait si peu de ressemblance avec le culte qu’on pouvait trouver dans les églises protestantes.

  •    • On touche au deuxième critère, fondé sur la cohérence entre l’ancien et le nouveau Testament :

   Les Hébreux de l’ancien Testament honoraient Dieu à travers une liturgie pesante qui était fixée dans les moindres détails […]. Le peuple juif avait une classe sacerdotale pour mener le culte d’adoration et les sacrifices pour le péché. Dieu parlait largement à son peuple, à travers les prêtres et les prophètes. Et on ne manquait pas de statues qui paraissent avoir été très intéressantes, d’ornements en tissu, de cierges, etc., à l’intérieur du Temple lui-même. […]

   Mon esprit et mon cœur avaient absorbé cette peinture de la vie de l’ancien Testament, et je me demandais pourquoi les églises protestantes offraient si peu de ressemblances avec qu’on vivait dans l’ancienne Alliance. Je me demandais pourquoi le même Dieu voudrait aujourd’hui un culte tellement différent de ce qu’il était il y a trois mille ans. C’était pour moi incompréhensible. Où étaient passés les prêtres ? Où était passée la liturgie ? Où était passée la beauté ?

   Lire la Bible m’avait fourni les fondations dont j’avais besoin pour devenir catholique.

  •    • Troisième critère : la continuité.

   Je vis alors, et j’ai vu ensuite de plus en plus clairement chaque année, la continuité qui existe entre le judaïsme ancien, la chrétienté primitive, le catholicisme médiéval et l’Église catholique d’aujourd’hui. La continuité définit l’Église de façon importante. Ou peut-être, plus exactement, la continuité définit la façon dont Dieu agit avec son peuple à travers le temps. […] Durant ma recherche de la véritable Église, je n’ai pas toujours su clairement ce que je cherchais, mais quand j’ai découvert que les anciens chrétiens croyaient que leur Église était une, sainte, catholique et apostolique, j’ai eu un moment de saisissement. Voilà ce que j’avais cherché pendant si longtemps : l’Église avec ces quatre caractéristiques. Je ne peux pas dire avec pleine sincérité que c’est en tout point ce que j’ai trouvé à l’intérieur du catholicisme, mais je peux dire que le catholicisme a la bonne formule pour produire ces quatre marques.

   Le protestantisme propose tout l’inverse :

   Discontinuité est le mot qui décrit le mieux le protestantisme. […] Il m’apparaît comme un archipel très étendu, dont toutes les îles sont entourées par l’eau aussi loin que l’œil peut voir, et très mal approvisionnées. […]

   Il y a bien quelques Églises protestantes qui ont gardé la beauté (par exemple, les épiscopaliens), il y en a aussi qui ont conservé quelques traditions liturgiques (par exemple les luthériens, ou le synode du Missouri), mais, en général, la discontinuité avec l’histoire est bien ce qui définit le protestantisme et, plus spécialement l’évangélicalisme américain. Cela m’apparaissait déjà lorsque j’ai expérimenté les différentes Églises dans l’État de Charlotte ou de la Caroline du Nord. Chaque Église semblait être sa propre île, faisant sa propre chose, en se préoccupant très peu des autres îles (les autres Églises) et encore moins du grand continent (l’Église historique à travers les âges). A chaque fois que je visitais une nouvelle église protestante, j’avais l’irrésistible impression qu’elle aurait dû être davantage. Quelque chose manquait. Ou, peut-être, beaucoup de choses manquaient.

   Après avoir cité le mot du cardinal Newman : Approfondir l’histoire, c’est cesser d’être protestant, Jeremiah Cowart note :

   Je ne sais pas exactement quelle profondeur en histoire il faut atteindre pour cesser d’être protestant. Mais, pour ma part, cela advint un jour en 2002.

   Il lui fallut encore deux ans pour faire définitivement le pas vers l’Église catholique, en 2004.

 

D'après Douglas M. Beaumont (ed.),

Evangelical ExodusEvangelical seminarians and their paths to Rome,

San Francisco, Ignatius Press, 2016, 264 p.

 

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