Mohamed Christophe BILEK (1952-) 

 -  Siècle : 20e

 -  Point de départ : famille musulmane.

 -  Préoccupation : pourquoi Allah permet-il le mal ? Il découvre dans l’Evangile que le Dieu des chrétiens ne nous veut pas de mal.

 -  Porte d’entrée dans la vraie religion la découverte que Dieu est père, qu’Il nous aime et que nous devons l’aimer.

L'arrivée en France

Je suis arrivé en France en 1961, à Paris, dans le Ve arrondissement. Mon père partait travailler très tôt et je me réveillais avec lui. Pour ne pas me rendormir et être bien à l'heure à l'école, j'écoutais la radio. A cette époque, c'était une émission religieuse animée par des protestants suisses et c'est ain­si que je découvre la vie de Notre ­Seigneur Jésus-Christ. J'ai écrit à cette émission et j'ai reçu quelque temps plus tard l'Évangile selon saint Jean, puis la Bible dans son intégralité. Parallèlement à ces écoutes et à ces lectures, je dé­couvre les églises, ce monde mer­veilleux que je n'aurais jamais ima­giné. Mais surtout la musique et le chant grégorien ! Et ce qui me fascine par dessus tout, ce sont les saints catholiques qui sont d'une radicalité époustouflante.

Je trouvais que les protestants li­saient plus et connaissaient mieux l'Évangile que les catholiques, mais sur le plan du don de soi, de cette demande du Christ («  Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens et suis-moi - Mt 19,16-26 »), il n'y a que dans l'Église catholique que l'on puisse trouver cela dans sa plénitude. Et dans un nombre incalculable... Les prêtres, les re­ligieux, les religieuses. Et celui qui m'a le plus fasciné, c'est saint François d'Assise. Cet homme qui abandonne tout, qui se met à mar­cher pieds nus ou quasiment. Je me disais, voilà, c'est cela l'Évan­gile. Et aujourd'hui encore, je me dis que si nous avions une dizaine de saint François d'Assise et qu'on les laissait libres de se promener en Algérie ou au Maroc, ça ferait une révolution !

La pratique religieuse dans l'islam

Tout le monde pratique plus ou moins, dans l'islam, mais les mu­sulmans ne connaissent pas très bien leur religion. Ce qui est obli­gatoire, c'est la façade. Le rama­dan, il faut le faire, c'est évident. Il ne faut pas manger devant les autres. Et il faut confesser sa foi même si on ne l'a pas. Il faut dire que le Coran vient de Dieu, même si on ne le pense pas, dire que Mahomet est l'envoyé d'Allah, même si on ne le pense pas non plus. C'est pour cela qu'on a sou­vent l'impression d'un bloc mo­nolithique vu de l'extérieur, d'une communauté soudée. C'est parce qu'il faut faire corps et faire sem­blant. Ce qui compte, ce n'est pas le bien que l'on fait à autrui mais les devoirs que l'on accomplit vis ­à-vis de Dieu : ramadan, le pè­lerinage de la Mecque, faire ses ablutions ... C'est un fait que chez beaucoup de musulmans, à l'ap­proche de la mort, on constate une peur panique parce qu'il n'y a pas d'espérance réelle dans le cœur des gens.

Pourquoi est-ce que je dis cela ? Eh bien parce que la fré­quentation du Christ, sa connais­sance intime fait que nous avons une telle confiance en Dieu, qu'on se dit qu'Il ne peut pas nous faire du mal. Dans l'islam, ce n'est pas cela. Dieu est tellement loin, tel­lement arbitraire. Les musul­mans n'ont aucune proximité avec Lui. Il est interdit de l'appeler père. La découverte que Dieu est Père, c'est fabuleux, c'est quelque chose d'inouï. Cela explose dans notre tête ! Et en plus, quand on comprend que c'est un Père d'un amour maternel.

La réaction des proches

J'avais 17 ans, je voulais recevoir le baptême. Cela a été très mal re­çu, bien sûr. D'autant plus que le conflit algérien s'est surajouté. C'était une trahison, un passage à l'ennemi. On m'a menacé, frappé, j'ai perdu connaissance et comme j'étais mineur, j'ai été contraint de patienter quelque temps. Dans l'islam, l' « apostat » risque la mort. C'est à la famille qu'il revient de prononcer la « sentence » d'ap­pel au meurtre. Le mieux est de fuir sa famille. Evidemment, en pays musulman, c'est plus diffi­cile. Mais comme nous étions en France, j'ai pu quitter mes proches après mon baptême. Pendant un an, nous n'avons plus eu aucun contact. Au bout de 20 ans, nous avons pu nous réconcilier. Mes pa­rents ont simplement constaté que je ne les aimais pas moins, même plus, que je ne les avais pas reniés. Ils ont compris qu'ils n'avaient pas perdu leur fils. Le problème au­jourd'hui est que la communau­té tend à remplacer la famille et seule la fuite est possible pour ne pas risquer sa vie. Aujourd'hui, je reçois encore des menaces par in­ternet d'inconnus, mais c'est de moins en moins le cas. J'ai le senti­ment que l'islam est tellement sûr de lui, ici, en France.

La vie chrétienne

C'est comme sortir des ténèbres, être enfermé dans une caverne et voir la lumière. Ce passage est une nouvelle naissance. Ensuite, cette nouvelle vie s'approfondit avec la découverte de ce Dieu qui nous aime, qui veut faire de nous ses enfants, ses fils. Le Christ emploie souvent ce terme : « votre Père du Ciel ». On ne peut que se réjouir et s'enraciner dans cette foi, dans cet amour de Dieu. Parce que l'amour de Dieu permet d'aimer les hommes. Et plus on s'éloigne de Dieu, moins on aime les hommes. Quand je suis arrivé en France, je haïssais les Français ! Dans l'is­lam, la philanthropie n'existe pas. L'autre est un concurrent, un ad­versaire. Certes, on utilise souvent le terme « frère », mais « frère » pour le combat, contre l'ennemi. Alors que le Christ nous invite tous les jours à aimer notre pro­chain et à l'aimer autant que nous­ mêmes. C'est cela qui fait tomber ce mur entre les hommes. Dieu est notre Père à tous, Il aime celui que je n'aime pas, qui me donne de l'urticaire à chaque fois que je le vois.

L'apostolat envers les musul­mans

Je pense vraiment que les musul­mans sont aimés de Dieu et qu'Il attend leur conversion. L'apostolat n'est pas facile mais on se rend compte qu'en discutant en tête-à ­tête, on peut faire passer des mes­sages beaucoup plus facilement. Je dis souvent à mes amis musul­mans : « Celui qui va à la mos­quée, même s'il y va tous les jours, et même si c'est l'imam, tu es sûr qu'il croit en Dieu, qu'il pratique vraiment dans son cœur ? Donc, c'est à Dieu de juger, pas à toi. » Les musulmans sont tout à fait ca­pables de raisonner. Par contre, les conditions du dialogue sont très difficiles. Et fondamentale­ment, les musulmans ne sont pas libres de se convertir. Je connais beaucoup de ménages dont l'un des conjoints est converti dans son cœur, mais il ne peut pas le dire, ni pratiquer car le foyer serait bri­sé ; si c'est une femme, on la pri­verait de voir ses enfants, elle se­rait battue, et si c'est un homme, il serait banni de la communauté. C'est anormal ! Cela va contre la gloire de Dieu qui demande à ce qu'on adhère librement, sinon ce n'est plus une adhésion. Comment peut-on imaginer que je vais trainer par force quelqu'un pour croire en Allah ? Même s'il fait semblant toute sa vie, Dieu peut-­il se réjouir de cela ? Le Coran parle souvent de la « satisfaction » d'Allah. Je ne crois pas qu'il soit satisfait de quelqu'un qu'on traîne de force à la mosquée. En tout cas, le vrai Dieu ne souhaite pas cela.

Les conversions à l'islam

Comment expliquer que l'islam convertisse en France ? Beaucoup n'ont qu'un vernis chrétien. La majorité le fait pour épouser une musulmane ou, par exemple dans les prisons, pour ne pas subir de harcèlement. Quant aux autres, ceux qui le font par conviction, ils recherchent, et trouvent parfois, cette ambiance, cette solidarité, cette entente face à l'ennemi. S'ils se convertissent, c'est qu'ils sont en opposition vis-à-vis de notre société. Mais dans le fond, il n'y a aucune rencontre avec Dieu. Et je ne peux pas croire qu'un chré­tien qui a connu cette relation avec Dieu puisse devenir musul­man. C'est comme si un fils ché­ri et aimé reniait sa propre mère ... C'est insensé. Le vrai Dieu nous comble !

 

 

D’après Nouvelles de Chrétienté n° 151

Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=dk_NxNwJna4

 

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