Hermann COHEN (1820-1871)

-  Siècle : 19e

-  Point de départ : Pianiste juif, ami de Listz et de George Sand

-  Préoccupation : il veut quitter l’esclavage de ses vices, de la débauche et de la passion du jeu.

-  Porte d’entrée dans la vraie religion : Une force inconnue l’oblige à se prosterner devant l'Hostie lors d'une cérémonie catholique.     

Un pianiste virtuose

        Né à Hambourg, dans la riche famille des Cohen, le jeune Hermann, très doué pour la musique, vient à 12 ans à Paris prendre des leçons de Cho­pin, et devenir l'élève de Listz. Les journaux parlent de ce jeune prodige ; les invitations se font si nombreuses que ses soirées doivent être partagées entre cinq et six maisons où tout ce qui a renom se donne rendez-vous.

        George Sand, alors à l'apogée de sa gloire littéraire, le reçoit dans son intimité et lui donne le surnom de Puzzi (mignon).

        La lecture des œuvres de la roman­cière met dans l'esprit du jeune garçon mille rêves et fantômes.

        A 14 ans, il donne son premier grand concert. Les dames de la cour, la diplomatie, la noblesse accourent. Au milieu de ces triomphes, ces louanges exagérées, ces fêtes, Hermann ne se trouve pas heureux. Un vide immense, que remarquent ses admiratrices, une tristesse indéfi­nissable l'envahit. Il sent déjà ce besoin insatiable de l'Infini, que seul Dieu peut satisfaire.

Déchéance morale       

        A la suite de Liszt, il gagne Genève. Il a 15 ans, et gagne énormément d'argent dans des concerts. Début d'une vie de dépenses folles et de luxe, dans laquelle il cherche émotions et sensations. Le jeu devient pour lui une passion. « Elle a englouti les plus belles années de ma jeunesse dans un gouffre de tortures et de fautes, sans me laisser un moment de repos ».

         Hermann revient à Paris avec Liszt, complètement dévoyé. Il quitte sa mère, prend un appartement et passe ses nuits au jeu et dans les désordres de tous genres, ne touchant plus à son piano. Mais... « Je commen­çais, écrira-t-il, à souffrir de cette maladie qui ron­ge le monde des désœuvrés ; elle pénètre dans les endroits même où l'on va chercher des divertis­sements, elle s'empare en maître de presque tous les cœurs ». En vain, cherchait-il le bonheur. Les jouissan­ces humaines ne lui apportaient qu’une amertume toujours croissante. Dieu allait frapper à la porte.

Premier choc dans l'église Sainte-Valère (Paris,1847)         

         « A cette époque, le mois de Marie était célébré avec une grande pompe à l'église de Sainte-Valère, rue de Bourgogne ; des chœurs d'amateurs s'y étaient formés et y exécutaient des morceaux d'harmonie ou de chant qui attiraient la foule. M. le Prince de la Moskowa, qui présidait à ces concerts pieux, me pria, un soir, de vouloir bien aller le remplacer pour la direction des choeurs ; j'acceptai uniquement inspiré par l'amour de l'art musical et la satisfaction de rendre un bon office. Dans l'église même, durant la cérémonie, je n'éprouvai rien d'extraordinaire ; mais, quand le moment de la bénédiction fut arrivé, bien que je ne fusse nullement disposé à me prosterner comme le reste de l'assemblée, je ressentis intérieurement un trouble indéfinissable ; mon âme, étourdie et distraite par les agitations du monde, se retrouva, pour ainsi dire, et fut comme avertie qu'il se passait en elle une chose tout à fait inconnue auparavant. Je fus, sans m'en douter, ou plutôt sans participation de ma volonté, entraîné à me courber. Étant revenu le vendredi suivant, je fus impressionné absolument de la même manière, et je fus frappé de l'idée subite de me faire catholique.

         Peu de jours après, je passai, un matin, près de la même église de Sainte-Valère. La cloche annonçait une messe ; j'entrai dans le sanctuaire, et j'assistai au sacri­fice, immobile et assez attentif ; j'entendis une, deux et trois messes, sans songer à me retirer ; je ne pou­vais comprendre ce qui me retenait. Après être rentré chez moi, je fus involontairement, dans la soirée, ra­mené vers le même lieu, et la cloche m'y fit rentrer de nouveau. Le Saint-Sacrement était exposé, et dès que je le vis, je fus entraîné vers la balustrade de communion, et je tombai à genoux. Je m'inclinai, cette fois, sans effort, au moment de la bénédiction, et, en me relevant, je sentis un apaisement très doux dans tout mon être. Je m'en retournai dans ma chambre et je me couchai ; mais, durant la nuit entière, je n'eus, en rêve ou en réalité, l'esprit occupé que du Saint-Sacre­ment. Je brûlais d'impatience d’assister à de nouvelles messes, et dès la même époque, j'en entendis plusieurs à Sainte-Valère, avec une joie intérieure qui absorbait toutes mes facultés.

         Dès lors, pressé par la grâce, dont les premiers effets m'avaient touché si inopinément, et sur l'indica­tion qui me fut donnée, j'allai trouver M. l’abbé Legrand, à qui je racontai ce qui s'était passé. Le bienveillant et doux accueil de cet ecclé­siastique m'impressionna vivement, et il fit tomher su­bitement l'un des préjugés les plus solidement invétérés dans mon esprit. J'avais peur des prêtres ! ... Je ne les connaissais, hélas ! que par la lecture des romans qui nous les représentent comme des hommes intolérants, ayant sans cesse à la bouche les menaces de l'excom­munication et des flammes de l'enfer. Et je me trouvai en présence d'un homme instruit, modeste, bon, ou­vert, attendant tout de Dieu et rien de lui-même. Ce fut dans ces dispositions que je partis pour Ems, en Allemagne, pour y donner un concert.

Deuxième choc : à Ems (Allemagne)

         « Le surlendemain de mon arrivée était un dimanche, et, sans respect humain, malgré la présence de mes amis, je me rendis à la messe. Là, peu à peu, les chants, les prières, la présence invisible et cependant sentie par moi, d'une puissance surhumaine, commencent à m'agiter, à me troubler à me faire trembler : en un mot, la grâce divine se plait à fondre sur moi de toute sa force. Au moment de l'Élévation, tout à coup, je sens éclater, à travers mes paupières, un déluge de larmes qui ne cessent de couler le long de mes joues enflammées.

          « Il me souvient d'avoir pleuré quelquefois dans mon enfance ; mais jamais, de larmes semblables. Pendant que j'en étais inondé, je sentis surgir les remords les plus déchirants sur toute ma vie passée. Tout à coup et spontanément, comme par intuition, je me mis à offrir à Dieu une confession générale, intérieure et rapide, de toutes mes énormes fautes, depuis mon enfance : je les voyais là, étalées devant moi par milliers, hideuses, repoussantes, révoltantes, méritant toute la colère du Juge souverain. Et, cependant, je sentis aussi, à un calme inconnu qui bientôt vint répandre son baume consolant sur toute mon âme, que le Dieu de miséricorde me les pardonnerait, qu'il détournerait le regard de mes crimes, qu'il aurait pitié de ma sincère contrition, de ma douleur amère... Oui, je sentis qu'il me faisait grâce, et qu'il acceptait, en expiation, ma ferme résolution de l'aimer par dessus tout et de me convertir à lui désormais.  En sortant de cette église d’Ems, j'étais déjà chrétien ... Aussi chrétien qu'il est possible de l'être quand on n'a pas encore reçu le saint baptême [1] ».

Le baptême

          Hermann regagne Paris. Il y assiste au baptême de quatre juifs convertis par le père Alphonse de Ratisbonne. Il en est bouleversé et promet de recevoir lui-même le baptême.

           Hermann Cohen est finalement baptisé le 28 août 1847, par le père Alphonse de Ratisbonne, en la fête de saint Augustin.

           Le 8 septembre, fête de la Nativité de Notre-Dame, il reçoit, pour la première fois, la sainte Eucharistie. Toute sa vie sera désormais centrée sur l'adoration eucharistique. Il est attiré par Dieu chez les religieux carmes. Il doit faire de lourds sacrifices pour entrer au carmel d'Agen (renoncer au tabac, au café, et, surtout, au piano), mais il trouve sa joie près de l'Hostie. Durant la guerre de 1870, le père Augustin du Saint-Sacrement (c'est son nom de religieux) se rend au camp de Spandau (près de Berlin) pour secourir les soldats français prisonniers.

       « Ils m'assiègent depuis 8 heures du matin jusqu'au soir, écrira-t-il ; je me suis donné à eux, ils usent de moi jusqu'à la corde ».

        Épuisé et frappé par la contagion, il y meurt, en murmurant : « Mon Dieu, je remets mon âme entre vos mains »

 

 [Pour tous les détails sur la vie d'Hermann Cohen, voir sa biographie par Dom Jean-Marie BEAURIN,

parue sous le titre Flèche de feu aux éditions France-empire, en 1981]

 

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[1] Extrait d'une lettre d'Hermann Cohen au Père A. de Ratisbonne.