Rina Caterinovich

 -  Siècle : 20e

 -  Point de départ :  schisme grec (dit « Orthodoxe »)

 -  Préoccupation : avoir l’intelligence éclairée.

 -  Porte d’entrée dans la vraie religion : une visite au Padre Pio.

-        Je voulais connaitre un vrai saint.

     Nous habitions Capri, où depuis quelques années nous avions entendu parler de Padre Pio. Appartenant à l'Église orthodoxe grecque, je croyais peu aux saints vivants et aux miracles. Mais à Capri je connus divers convertis fort enthousiastes du Padre Pio. Mon désir de le connaître devint très vif : je voulais connaître un vrai « saint ». Je vou­lais voir quelque chose « d'extraordinaire ».

     Roumaine de naissance, j'étais pratiquante de l'Église orthodoxe mais, comme tous les ortho­doxes, sans vrai mysticisme ; car si la religion orthodoxe conserve des dogmes de la religion catholique, en pratique les prêtres eux-mêmes ne semblent pas convaincus que dans la sainte communion nous recevons Jésus vivant. La confession n'est elle-même qu'une formalité, qui ne libère pas l'âme de l'oppression et du mal.

     L'Église orthodoxe ne satisfait pas ceux qui veulent des explications et qui éprouvent le besoin d'avoir leur intelligence éclairée. N'ayant jamais réussi à faire quoi que ce soit sans conviction, j'aban­donnai les pratiques religieuses.

     Je n'allai plus à l'église pendant dix-huit ans, je ne faisais même plus le signe de croix ; cependant à certaines époques je priais, mais plus par affection pour ceux qui me sont chers qu'en hommage à la divinité. En revanche, je me passionnais pour la religion indienne. II serait trop long de retracer les avatars de la vie spirituelle que j'ai vécue en ces dix-huit ans. La guerre me rendit à Dieu mais non à l'Église ; j'estimais toujours qu'il suffisait de vivre bien, de chercher la vérité et de penser que Dieu est amour infini : rien d'autre.

Première visite au Padre Pio (5 octobre 1923)

     J'avais prié mon amie de demander au Padre Pio si je pouvais me confesser, sûre qu'il ne me l'aurait pas refusé ; au contraire la réponse fut négative. Et me voici à assister à sa messe pendant laquelle une profonde émotion m'envahit, accompagnée de larmes ininterrompues causées par l'inconsolable douleur de ma misère, de mes péchés et d'être exclue de la Maison de Dieu. Quand je pus appro­cher le Padre Pio, je fus saisie une seconde fois par un déluge de larmes (jamais je ne pleurais facilement devant d'autres personnes). « Pourquoi pleures-tu ainsi ? » me demanda Padre Pio. « Parce que je ne suis pas catholique » répondis-je, sans le vouloir ni y penser. « Et qui t'empêche de l'être ? »

     J'exposai quelques-uns de mes doutes, mais Padre Pio me dit que le doute était inutile parce que le Seigneur me voulait. II m'expliqua lui­-même, dans un petit catéchisme qu'il m'offrit, les prières que je devrais apprendre : il me parla simplement, comme à une petite fille. Et quand je lui demandai si je devais me préparer en prenant des leçons, il me dit : « II faut aimer, aimer et rien de plus. » C'était le 5 octobre 1923.

Pourquoi rejoindre l’Église catholique ?

     Je compris alors que, de toutes les Églises, seule la catholique est celle qui aide vraiment à suivre Jésus, celle qui nous soutient, nous encourage et nous aide dans la vie de tous les jours.

     L'orthodoxie au contraire ne me donnait jamais rien.

     Je n'ai pas changé de religion parce que les rites de l'Église catho­lique me plaisent davantage, mais parce qu'ayant un corps je ne puis vivre seulement par l'esprit et j'ai donc besoin d'une aide que seule l'Église catholique peut donner, elle, la seule qui ait conservé l'esprit du Christ et qui aide à le suivre.

     Je passai l'hiver à me préparer « au grand passage » dans des combats intérieurs, des tentations et des épreuves; mais en demandant toujours aide au Seigneur. Au printemps de 1924, le 10 avril, je retournai à San Giovanni Rotondo. Le 12, j'abjurai entre les mains du Père Gardien, je fis ma confession générale et le 13, finalement, je m'approchai de la sainte communion, qui depuis ce jour est devenu mon plus grand soutien, ma force, ma consolation dans mes nombreuses épreuves de ces dernières années.

Ma tante est attirée malgré elle à l’Église catholique.

     Ce jour-là le Seigneur m'accorda une autre grande joie, la conversion inespérée et miraculeuse de ma tante maternelle. Caractère loyal, sin­cère et honnête, femme de devoir, de vie très pure, elle était intransi­geante pour elle et pour les autres. Orthodoxe convaincue, elle consi­dérait le changement de religion comme un manque de fidélité, un déshonneur, une bassesse. Elle souffrit beaucoup de ma décision, sans me le dire (je le sus après sa conversion). Le premier jour elle alla au couvent, elle parla avec le Padre Pio, mais resta mal impres­sionnée par ses paroles. Comme on lui avait dit que le Padre Pio ne poussait personne à se faire catholique, à sa demande: « Veux-tu me suivre ? » elle répondit « non » ajoutant qu'elle avait compris que Dieu est Un et que l'Eglise aussi devrait être Une, mais parce qu'elle com­prenait que sa religion était voisine de la catholique, elle pensait être trop vieille désormais pour changer de religion, d'autant plus qu'en le faisant elle aurait causé trop de peine à ses parents. Alors Padre Pio lui répliqua : « Vous croyez, vous, que, devant le Seigneur, il y aura votre famille pour répondre pour vous ? »

     Le lendemain ma tante ne retourna pas au couvent : et elle n'y serait pas allée davantage le dimanche suivant si elle n'avait reçu la veille, du Padre Pio, une petite image sur laquelle étaient écrites les paroles qui l'avaient frappée. Après la messe ma tante lui dit :

     « Merci pour votre bonté et pardonnez si je vous ai fait de la peine. » « Pas de la peine », répliqua Padre Pio, « vous m'avez causé une vraie douleur ! » Tellement que la tante se sentit bouleversée par ses paroles.

     Pendant plus d'une demi-heure le Padre Pio lui parla encore, faisant s'écrouler une à une toutes les pierres de cette forteresse qui semblait inexpugnable. « L'Église orthodoxe est agonisante », lui dit-il entre autres. A peine un an plus tard nous vîmes combien se vérifièrent ces paroles, car l'Église orthodoxe se divisa en un grand nombre de patriarches et de métropolitains.

     Ce fut une lutte très dure, mais finalement ma tante fut vaincue. Toute remuée elle dit: « Je promets d'entrer dans l'Église catholique ! » Promesse qu'elle tint quelques mois plus tard à Capri. Elle est maintenant une des plus ferventes catholiques.

Mon mari ne veut pas changer de religion.

     Mon mari demeurait encore dans l'orthodoxie. Il était plus difficile à convertir parce qu'il avait toujours eu une vie très morale, honnête et laborieuse, il ne voyait pas la nécessité de changer de religion pour servir mieux le Seigneur.

     Droit, sincère et intransigeant, ayant été officier dans l'armée impériale de Russie, il considérait comme un déshonneur, comme une bassesse de trahir sa propre foi.

     Quand je me décidai à ce pas, il ne s'y opposa pas, ne me le décon­seilla pas ; il me fit seulement promettre de ne jamais chercher à le pousser à se convertir, ce que je fis, le remettant seulement dans les mains de Dieu, sans jamais lui parler de ma foi. Mais cependant je priais continuellement et je m'efforçais de corriger mes défauts pour lui donner avec l'exemple une preuve que ma foi était la meilleure.

     Les vertus essentielles que j'apprenais à estimer, et qui dans l'Église orthodoxe et dans notre vie manquent totalement, étaient l'humilité et la charité dont j'avais eu de beaux exemples dans l'Italie méridionale ; c'étaient les vertus qui manquaient le plus à mon mari et à moi. Mon mari, étant très sévère envers lui-même, l'était aussi avec les autres, jusqu'à ne pas savoir pardonner les offenses reçues, comme il ne par­donnait pas les faiblesses, les chutes, les misères humaines.

Pendant la messe de Padre Pio.

     En septembre 1926, pour la troisième fois, je retournai à San Gio­vanni Rotondo et mon mari voulut m'accompagner. À peine eut-il vu le Padre Pio qu'il éprouva pour lui une grande dévotion, un sentiment de tendresse et de joie à se tenir près de lui. Lui aussi, comme moi, se sentit dans un état d'isolement et pendant la messe de Padre Pio, il pleura. Il avait l'impression d'être un grand pécheur que Dieu n'aurait pas voulu accepter parmi ses fils. Mais ensuite, quand il se mit à parler avec Padre Pio sur la question religieuse, il resta inébranlable.

     Pour mon mari, Padre Pio était un saint homme, plein de bonté, d'amour, qu'il aurait toujours voulu avoir près de lui, mais malgré cette affection il n'était pas disposé à faire un acte contraire à sa conscience et à son cœur. En été il fut si gravement malade qu'il en vint à se croire à la mort, mais en septembre 1927 nous retournâmes de nouveau au couvent de Gargan et nous restâmes là-haut plusieurs jours.

Discussions sur les raisons du schisme.

     Alors, il accepta d'entendre du Padre Pio les raisons de la scission de l'Église orientale, et il se mit à discuter avec lui sur les divergences existantes, jusqu'à ce qu'un jour ces discussions, quoique voulues par lui, l'irritèrent tellement, qu'il voulut laisser le couvent et retourner à Capri.

     Malgré ma douleur je ne pus m'opposer à cette décision. Mais il ne partit pas.

Toutefois il ne retourna plus au couvent tant qu'on ne lui eut pas apporté le mot de Padre Pio qui lui disait que même s'ils ne pouvaient pas s'entendre sur la religion, ils pouvaient rester amis.

     Alors il retourna au couvent et quand nous partîmes de San Giovanni Rotondo, sa décision était déjà prise ; il ne manquait que les papiers pour les formalités nécessaires.

Mon mari abjure le schisme.   

    À notre retour à la maison, commença pourtant un combat plus rude que jamais de doutes, d'épreuves et de contrariétés qui paraissaient des indices du mécontentement du Seigneur pour cette décision. Terribles étaient les luttes intérieures. Lui, si bon habituel­lement et si affectueux, se faisait étranger, fermé, froid. Mais Jésus, miséricordieux, ne voulut pas le faire souffrir plus longtemps, et en juillet nous retournâmes encore à San Giovanni Rotondo pour le grand jour ! Le 6 juillet il fit l'abjuration à Foggia dans les mains de l'Évêque, et le soir du 7 se confessa au Padre Pio. Le 8 il fit sa communion et le 10 reçut la Confirmation. « Je veux recevoir la Confirmation comme le sceau du pas accompli » me dit-il.

     Grâce au Seigneur, depuis ce moment il supporte mieux les épreuves qui lui viennent du Ciel. À l'égard des autres aussi il est plus charitable et il trouve une grande consolation à parIer de la Foi qu'il sait défendre dans ses conversations avec les orthodoxes. »

Rina Caterinovich d'Ergiu

 

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Témoignage reproduit par Katharina Tangari,

Le Message de Padre Pio, Publications du Courrier de Rome

(Texte abrégé par nos soins)

 

 

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